Manifestement manipulés

Attention! La liste de sophismes est longue dans le récent manifeste pro-pétrole. À moins qu’il ne n’agisse de pure méconnaissance de la part de ses signataires? Qu’à cela ne tienne, nos hyper-puissants groupes de réinformateurs bénévoles travaillent nuit et jour à élaborer une réplique.

En attendant le retour du pendule, voici quelques rectifications :

1-Élémentaire me direz-vous: un avenir meilleur ne se limite pas qu’à des considérations financières. Les composantes environnementales et sociales sont aussi à prendre en compte, comme le leur rappelle ici le Conseil régional en environnement de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine.

2-Les revenus potentiels énoncés sur la place publique sont spéculatifs et démesurés. On a même entendu que 300 milliards $ annuellement garniraient ainsi nos trésors publics alors qu’un rapide calcul optimiste nous ramène plutôt à 500 millions. Et de ceux-ci, s’ils existent, il nous faudrait soustraire les dépenses publiques liées à l’exercice… L’analyse financière de M. Durand, géologue, mentionne à cet effet que, sur Anticosti par exemple, les dépenses nécessaires seraient beaucoup plus grandes que les revenus, rendant l’exploitation déficitaire, sans même parler d’accident dévastateur.

3-Terre-Neuve-Labrador est prudent dans le dossier de l’exploration dans le golfe, aucun forage n’y est en cours, quoiqu’en dise le porte-parole du manifeste. Un moratoire complet sur la fracturation y est d’ailleurs en place, sur terre comme en mer. Et si Terre-Neuve inquiétait le moindrement Québec, une demande d’arbitrage frontalier impliquant la notion d’équidistance pourrait être amorcée, ce serait beaucoup plus avantageux que de se précipiter tête baissée dans une course à l’or noir.

4-Il n’existe légalement aucune « séparation » entre l’exploration et l’exploitation. En vérité, au Québec, si une compagnie trouve un gisement de pétrole rentable au stade de l’exploration, elle est obligée d’évoluer vers l’exploitation, sinon elle perd son permis. Ouvrir la porte à l’exploration, c’est accepter l’exploitation. Le débat « équilibré » doit avoir lieu AVANT l’exploration, laquelle est d’ailleurs pas mal plus risquée que l’exploitation.

5-On parle d’un débat déséquilibré où les groupes d’opposants auraient trop de pouvoir, mais on ne mentionne pas l’existence des lobbyistes des pétrolières qui rencontrent les dirigeants derrière des portes closes. Serait-ce cet inoffensif biologiste qui ferait trembler les oligarques du Québec ou cette  bénévole informée déconstruisant un à un les propos d’un ancien premier ministre en un mémorable face-à-face télévisé? N’oublions pas que les profits, avant d’aller aux Québécois, iront aux actionnaires, lesquels ont grand avantage à manipuler l’opinion publique.

Québec-PET-10d6-Il n’y a aucune mention des projets d’oléoducs, dans ce manifeste. Selon les dires des pétrolières, le pétrole de l’Ouest arrivant au Québec par pipeline va dépasser les capacités de nos raffineries et pratiquement doubler le transport maritime de matières dangereuses sur le Saint-Laurent. Comment alors justifier toute exploration risquée en sol ou en eaux québécoises? Et si ces risques, plutôt que de s’additionner, se multipliaient?

7- Ne nous leurrons pas, les premiers forages dans le golfe québécois se seront pas réalisés d’ici 10 ans et l’exploitation, s’il en est une, prendra encore une autre décennie. Et dire que pendant ce temps-là, on pourrait s’investir à réduire notre consommation et sauver des « milliards » en balance commerciale.. et combien de tonnes de CO2.

Pourquoi ne nous consacrerions-nous pas plutôt à préparer l’inévitable après-pétrole?

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Déboulonner Anticosti

Pour éviter d’avoir à lire cet article au complet, cliquez ici et arrivez directement au but recherché: vous qui signez la pétition AVAAZ pour protéger l’Île Anticosti des pétrolières !

Dans la foulée du « printemps érable », on entend toutes sortes de bonnes raisons de s’indigner. À travers le lot, on retrouve le fameux « vol du siècle » , soit le transfert du potentiel pétrolier d’Anticosti du public au privé avec de prétendues pertes de revenus de 3000 milliards de $. Mais qu’en est-il vraiment? Je vous ai préparé une petite rubrique pour déboulonner ce mythe qui alimente la spéculation et étrangle Anticosti.

Non, ce n’est pas une chute de lait, mais bien l’eau vive d’Anticosti. Photo de Marie-Hélène Parant http://www.marieheleneparant.com

 

Les supposés 30 milliards de barils d’Anticosti, c’est du pétrole virtuel. Selon la firme Sproule inc. embauchée par Pétrolia et Corridor Resources pour évaluer le potentiel d’Anticosti, les données de base sont très fragmentaires et non statistiquement significatives. Il s’agit de pétrole « sur papier », « théoriquement possible », mais absolument rien ne prouve qu’il y en a vraiment. Et rien ne prouve que, si jamais il y en a, il soit « techniquement exploitable » ni « économiquement exploitable ». Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Sproule !

Voyez vous-même comme leur rapport est à la fois lourd et subtil. Pour bien mettre en garde les investisseurs potentiels, Sproule prend le soin d’indiquer « qu’avant qu’un programme de recherche approprié ne soit mis en place pour évaluer les volumes potentiellement récupérables, il est prématuré de spéculer sur la présence, ou non, de quantités récupérables de pétrole » sur l’île. L’exploration de l’île d’Anticosti, écrit encore Sproule, n’en est qu’à ses débuts et des travaux de prospection sont nécessaires afin de déterminer s’il existe un potentiel de production pétrolière commercialement viable. « Il n’y a pas de certitude qu’une portion de ces ressources soit découverte. (…)  Il n’existe pas de certitude qu’il sera commercialement viable de produire une portion de ces ressources », indique même Pétrolia dans son dernier rapport de gestion. On est loin, très loin, de l’île au trésor, écrit Hugo Séguin de Équiterre.

Les journalistes ont repris hors contexte ce fameux « potentiel » et il est peu à peu devenu réel dans nos têtes, l’histoire du « vol du siècle » aidant. Évidemment les compagnies pétrolières n’ont pas fait grand chose pour montrer les immenses bémols du rapport Sproule, puisque suite à cette « nouvelle » du « potentiel pétrolier d’Anticosti », les actions ont joliment grimpées.

30 milliards de barils, vraiment? Voici les résultats des trois derniers puits forés:

  • Puits de Jupiter : « Malgré quelques indices de pétrole au niveau de la Formation de Mingan, aucun réservoir important n’a été trouvé, de telle sorte que le puits foré à l’été 2010 a été abandonné. »
  • Puits de Chaloupe : « Dans les faits, le puits n’a mis en évidence que des carbonates faiblement dolomitisés. L’absence de réservoir de quelque importance a été constatée. »
  • Puits de Saumon : « L’absence de pétrole dans ce réservoir constitue sans aucun doute une déception. (…) la présence d’eau salée dans le réservoir a amené les partenaires à abandonner la portion inférieure du puits et à suspendre l’exploration de sa partie supérieure »

Regardez bien le film suivant à partir de 4:30 en cliquant ici. Vous verrez un puits abandonné… avec des dommages qui eux sont bien réels.

Le 5 juillet 2012, Junex a annoncé le détail de ses opérations de déforestation, de levés sismiques et de forages exploratoires. On s’apprête à raser l’habitat d’espèces menacées sur l’équivalent de la distance entre Montréal et Trois-Rivières. Heureusement qu’un petit bout est protégé! Mais, voyez vous-même sur cette carte,   il y a d’autres lieux d’intérêt qui ne sont pas protégés qui pourraient bien devenir des chantiers.

L’Île d’Anticosti, est l’habitat des espèces menacées ou vulnérables suivantes;

  • PLANTES: Aster d’Anticosti, Calypso bulbeux var. americaine, Droséra à feuille linéaire, Fougère mâle, Sainfoin boreal s-esp. Mackenzie, Muhlenbergie de Richardson, Polystic faux-lonchitis et Rhynchosphore capillaire.
  • OISEAUX:  Arlequin plongeur, Pygargue à tête blanche, Aigle royal, Faucon pèlerin, Pluvier siffleur, Engoulevent d’Amérique,
  • MAMMIFÈRES TERRESTRE: chauve-souris cendrée, rat musqué.

Alors, déboulonné, le mythe des pétrodollars anticostiens? N’y voyez pas là une opération de redorage de blason de nos dirigeants, bien au contraire! Mais ne nous laissons tout de même pas berner  par la spéculation qui nous presse de forer le Québec.

Comme l’écrivait Karel Mayrand, de la Fondation David Suzuki et Président du Projet climatique Canada de Al Gore, « devons-nous nous lancer tête première dans l’exploitation pétrolière en milieu marin, ou du pétrole de schiste sur Anticosti, ou à Haldiman, avec tous les incertitudes qui persistent sur ces gisements, qu’on qualifie toujours de « prospects » puisqu’ils ne sont pas prouvés, avec les risques financiers et environnementaux que ces activités comportent? Ou ne devrions-nous pas tenter de réduire une fois pour toutes notre dépendance au pétrole en investissant dans les transports collectifs et les énergies vertes, des secteurs à forte valeur ajoutée dont on a la certitude qu’ils peuvent créer, dès maintenant, de la richesse pour le Québec? La réponse me semble tout à fait claire. »

Pour moi aussi. Et pour vous? Pour demander l’arrêt complet des travaux d’exploration pétrolière à Anticosti en cliquez ici. Junex est sur place au moment d’écrire cet article.

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