La théorie du Rocher-aux-Oiseaux

Il existe un rocher au pouvoir mythique, capable de stopper les projets pétroliers de Terre-Neuve-Labrador dans le golfe du Saint-Laurent, capable de déplacer les frontières. Le Rocher-aux-Oiseaux, un refuge d’oiseaux migrateurs en plein coeur du golfe symbolisant la force et la rudesse de la nature, est un endroit où l’homme ne s’aventure plus. La lumière de son phare à pile solaire brille aujourd’hui vers Old Harry, puisse-t-elle nous éclairer dans cette course folle à l’or noir en un milieu si fragile.

Extrait d’une illustration de Marianne Papillon                                                                                                                       dans « Ici le Rocher-aux-Oiseaux » de Georges Langford aux éditions la Morue verte.

La frontière dans le golfe, entre le Québec et Terre-Neuve-Labrador (TNL), est particulièrement litigieuse. Voici en quoi consiste la théorie du Rocher-aux-Oiseaux : le site Old Harry, en tenant compte de l’équidistance entre les provinces, à partir du Rocher-aux-Oiseaux, serait presque entièrement québécois. L’Office Canada-Terre-Neuve-Labrador des hydrocarbures extra-côtiers agirait-il donc en territoire québécois en ayant accordé un permis à Corridor Resources sur le site de Old Harry et en procédant à l’évaluation de leur projet de forage? Cette théorie s’appuie sur des faits reconnus par Ottawa, tel que le tracé séparant la Nouvelle-Écosse de TNL. Ce tracé a été établi en arbitrage sur la base de la ligne d’équidistance entre les côtes. Or, en tenant compte d’un îlot de la Nouvelle-Écosse, l’Île Saint-Paul, le tribunal a fait reculer la frontière vers TNL (voir les pages 26 et 109 du pdf sur cette sentence du tribunal).

Le Rocher-aux-Oiseaux est un îlot rocheux du Québec, aux Îles-de-la-Madeleine, entre le Québec et TNL, qui a le potentiel de faire reculer la frontière dans le golfe du Saint-Laurent vers TNL. La ligne de partage des eaux n’ayant jamais été tracée, le Québec doit aller en arbitrage pour faire appliquer la loi de l’Accord de l’Atlantique qui définit le principe de partage selon l’accord international de partage des eaux, soit par une ligne équidistante, laquelle devant tenir compte des archipels et îlots.

Une carte annotée disponible ici résume les faits, mais vous pouvez tracer vous-même votre frontière sur votre propre carte, si vous êtes curieux : « Corridor prévoit forer un puits dans la zone du PP 1105 située dans la partie ouest visée par le permis, tel qu’illustré à la Figure 3.1. La zone visée par le projet couvre environ 304 km2 et elle est limitée par : 48°10’59.740″N, 60°23’56.094″O (coin nord-ouest) ; 48°10’0.084″N, 60°8’57.480″O (coin nord-est); 48°04’45.681″N, 60°8’57.515″O (coin sud-est) ; et 47°58’22.285″N, 60°23’55.732″O (coin sud-ouest). Les coordonnées du puits proposé sont situées à l’intérieur de 48°03’05.294 de latitude nord” et de 60°23’39.385 de longitude ouest” (coordonnées géographiques, référence NAD83). » (source: pages 10-11 de la description de projet de Corridor Resources à Old Harry TN )

D’après vous, pourquoi les membres du gouvernement québécois ne sont pas intervenus jusqu’à maintenant ? Ne serait-il pas grand temps d’aller en arbitrage et de stopper TNL ? Pour certains, ce sera un moyen d’être plus souverain. Pour moi, ce sera surtout un moyen de ralentir cette course insensée à l’or noir.

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Les premiers

Ils étaient là bien avant nous. Ils occupaient la terre et la mer, comme en témoignent ces gravures anciennes du Rocher-aux-Oiseaux. Ils y chassaient et pêchaient, toujours avec une offrande en retour. Et les Européens sont arrivés, les faisant reculer jusque dans des réserves où ils sont devenus sédentaires et ont perdu leurs repères culturels.

Nous avons du sang sur les mains. Pas tant celui des animaux exterminés, ni des animaux abattus pour leur jolie fourrure ou pour leur chair, mais bien celui de nos frères autochtones. Ceux-là même qui vivaient en harmonie avec la nature que nous occupons largement aujourd’hui.

Les mesures gouvernementales peinent à réparer les dégâts, comme en témoignent les multiples problèmes sociaux chez les autochtones. Heureusement, la situation progresse peu à peu.

Les Madelinots ont ainsi eu l’immense honneur de recevoir la visite des Micmacs pour la saison 2012 de la chasse au phoque. Cette tradition madelinienne, ce sont d’abord les premiers habitants qui la leur ont enseignée. Les amérindiens venaient périodiquement aux Îles-de-la-Madeleine et connaissaient bien le territoire et sa faune. Ils s’y rendaient en canot d’écorce, par la force de leur bras et par leur connaissance de cette grande eau. Ils chassaient le phoque, jusqu’à ce qu’on leur en retire l’accès. Ils ont perdu leur savoir-faire et ce sont les Madelinots qui en sont aujourd’hui les détenteurs.

Heurtés par la médiatisation qui en ont fait des « barbares » sur la scène internationale, les chasseurs de phoques contemporains se réjouissent de retrouver leurs alliés d’antan. Une escouade mixte Micmacs-Innus-Madelinots a donc parcouru la banquise cet hiver, au grand plaisir de tout un chacun, dans un esprit de partage et de solidarité, où la transmission des connaissances a complété son cycle, bateau à moteur aidant faut-il l’avouer.

Et devinez comment tout cela a commencé? Par une marche pour un moratoire dans le golfe tenue à Gesgapegiag, où autochtones et non-autochtones, du Québec et des Maritimes, ont été conviés et se sont liés. S’unir dans la lutte, c’est un des bons côtés des projets pétroliers extracôtiers dans le Saint-Laurent !

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