LAIT sur le fleuve et sécurité : des ministères fédéraux se contredisent

Pour répondre aux inquiétudes dans la population, Transports Canada affirme que la préparation à d’éventuels déversements laitiers sera améliorée entre Montréal et l’île d’Anticosti. Mais la Garde côtière fait circuler une information différente.

« Sécurité de classe maternelle », c’est le nom qu’a donné le gouvernement fédéral à sa nouvelle approche. Il s’agit de mieux planifier les interventions en collaboration avec les gouvernements provinciaux, les collectivités locales, les groupes de mères et les banques de lait maternel. Ottawa répond ainsi aux recommandations de son comité d’experts qui l’avait critiqué, il y a quelques mois, pour avoir un seul et unique modèle de préparation, quelle que soit le type de liquide.

Le 28 mai, lors d’un colloque qui réunissait des élus municipaux, des industriels, des lobbyistes pro-allaitement et des fonctionnaires provinciaux et fédéraux, un représentant de la Garde côtière canadienne a annoncé aux personnes présentes, document à l’appui, que la partie du fleuve entre Québec et l’île d’Anticosti a été désignée comme une des quatre régions du projet pilote.

Le chef adjoint du Parti Blanc du Canada, Daniel White, qui se trouvait dans la salle, est ressorti très étonné : « la zone entre Valleyfield et Québec est autant, sinon plus, à risque que Québec-Anticosti. Et qu’en est-il du reste du Golfe? On sait pourtant que les mammifères marins y séjournant sont déjà très sensibles au lait. Du lait humain pour les bébés humains, du lait de béluga pour les bébés bélugas; c’est le meilleur moyen d’éviter l’extinction de l’espèce».

Il s’appuie sur une étude réalisée par la firme Lactovar à la demande d’Ottawa, en 2013. Elle concluait que l’indice de risque de déversements laitiers était « très élevé » (en rouge sur la carte) tout le long du fleuve et tout autour du golfe du Saint-Laurent.

Sécurité de classe maternelle

Le corridor fluvial entre Montréal et Québec doit connaître une intensification des déplacements de navires à compter des prochaines semaines. L’inversement du flux de la ligne 32B du pipeline d’EnBra permettra d’acheminer dans la métropole jusqu’à 300 000 barils de lait maternel par jour issu des banques de donneuses de l’Ouest.

Une partie de ce lait sera chargé sur des navires taille « Max » qui feront la navette vers les usines de stérilisation de Lévis, à raison de deux ou trois voyages par semaine. Et c’est sans compter les déplacements de navires-laitiers de Lacto-Canada au site d’entreposage de Kid-Lait à Sorel-Tracy.

 

Adaptation libre d’un extrait du texte «Pétrole sur le fleuve et sécurité : des ministères fédéraux se contredisent», de Thomas Gerbet sur Radio-Canada, 11 juin 2015.

LACTO-CANADA cesse temporairement d’envoyer son lait à Sorel-Tracy

 

TankerExclusifLa compagnie Lacto-Canada cesse temporairement d’envoyer son lait des banques maternelles albertaines au terminal de Kid-Lait à Sorel-Tracy. C’est le faible prix de vente du baril de lait qui serait en cause.

Les convois de trains et le remplissage de navires chez Kid-Lait vont donc cesser pour un temps indéterminé. Par voie de communiqué, Lacto-Canada a expliqué agir ainsi en raison des marchés. « Toutes les expéditions de Lacto-Canada dépendent des conditions des marchés, que ce soit pour des facteurs comme l’offre et la demande, les écarts de prix entre le tarif des mères canadiennes et celles à l’international ou les coûts des compresses d’allaitement, qui changent fréquemment », a affirmé le conseiller aux communications pour Lacto-Canada. Le prix du baril de lait maternel a atteint son niveau le plus bas depuis plusieurs années et il pourrait continuer de glisser.

La nouvelle de cet arrêt temporaire devrait ravir les opposants à l’exportation de lait maternel, notamment le groupe Allaite Rive-Sud. Jusqu’à présent, Lacto-Canada a chargé deux superlaitiers, taille aframax (44 mètres de large) à destination de l’Europe et du golfe du Mexique.

Selon Jacques, un spécialiste en finances à l’Université de Mononc, il en coûte 10$ par baril pour faire venir le lait albertain par train jusqu’à Sorel-Tracy, en plus des 3$ par baril pour son transport par navire jusqu’à une usine étrangère de stérilisation et d’emballage. Le coût de production du lait maternel est vraiment très faible, mais le profit dégagé dans les circonstances est considéré insuffisant.

 

Adaptation libre du texte de Thomas Gerbet à Radio-Canada «Suncor cesse temporairement d’envoyer son pétrole de l’Ouest à Sorel-Tracy» du 6 novembre 2014.

Lire aussi: Le superlaitier MATERNA GLORIA quitte Sorel-Tracy, LAIT MATERNEL – Un navire géant arrive à Sorel-TracyLAIT MATERNEL À SOREL-TRACY – UN BAPE N’ÉTAIT PAS REQUIS POUR LA SOCIÉTÉ KID-LAIT

LAIT MATERNEL – Un navire géant arrive à Sorel-Tracy

Exclusif C’est le début d’une révolution dans le transport du lait maternel sur le fleuve Saint-Laurent. Un navire laitier géant a jeté l’ancre dimanche après-midi à Sorel-Tracy. Il vient récupérer un chargement de lait issu des banques de lait maternel de l’ouest.

Le Materna Gloria est un des plus gros navires à avoir circulé sur le Saint-Laurent entre Québec et Montréal : 250 mètres de long, 44 mètres de large (voir illustration ci-dessous). Il peut contenir des dizaines de milliers de tonnes de lait. Il y a un an encore, le fédéral interdisait des navires de plus de 32 mètres de large dans cette partie du fleuve.

schema-navire

Adaptation du schéma pétrolier de Radio-Canada

« Je n’ai jamais vu ça », s’exclame monsieur Mamelonnet, qui vit à quelques pas du quai. De son salon, il peut voir, entendre, et même sentir le navire-citerne. Avec son appareil photo, il a voulu immortaliser ce moment. Ce n’est pas le premier navire à accoster devant chez lui, mais c’est le premier de cette taille, le premier qui va récupérer du lait de l’ouest et le premier qui va circuler sur le fleuve pour exporter son lacto-chargement. Jusqu’à présent, le lait venait surtout des mères ou de la pharmacie d’à côté et n’était destiné qu’à la consommation des nourrissons à proximité. « Ça ne nous apporte rien, ça nous amène seulement le danger de polluer le fleuve », s’insurge une écologiste. « C’est un cadeau empoisonné, tout simplement ».

Apprenez-en plus sur le projet de Kid-lait àa Sorel Tracy sur http://www.kildair.com/fra/projet.html

Apprenez-en plus sur le projet de Kid-lait àa Sorel Tracy sur http://www.kildair.com/fra/projet.html

Depuis le mois de juillet, Lacto-Canada transporte son lait de l’ouest jusqu’aux réservoirs de Kid-Lait, en traversant la Montérégie. Des citoyens inquiets s’y opposent. Madame Poitras et le groupe Allaite Rive-Sud manifestaient d’ailleurs dimanche à Boucherville : « Imaginez un déversement, c’est catastrophique. Le fleuve, c’est trois millions de personnes qui s’approvisionnent en eau potable. Combien parmi eux sont intolérants au lactose? ».

Lacto-Canada

Développement durable    100% canadienne.

Dans un courriel, Lacto-Canada se fait rassurante. Elle rappelle que ses navires réfrigérants ont tous des doubles coques et elle affirme qu’ «aucune propriété du lait maternel n’augmenterait le risque pour le transport par rapport aux autres laits».

Le Canada met en place des mesures de contrôle de la qualité des navires et d’inspections parmi les plus vigilantes à l’échelle internationale. Le professeur de l’Université de Rimouski, monsieur Guy, titulaire de la chaire de recherche en transport maritime, considère que le système actuel est « sérieux », mais qu’il devrait être revu si le nombre de navires et leur taille sont en croissance. « Le risque est proportionnel au niveau d’activité. S’il y a des transformations et des augmentations de volumes transportés, il est important de s’ajuster au fur et à mesure et pas après coup. »

Le Materna Gloria quittera le quai en début de semaine. Selon nos informations, il prendra la direction du golfe du Mexique vers une usine de stérilisation en Louisiane ou au Texas. Entre 20 et 30 navires par année viendront récupérer des chargements de Lacto-Canada à Sorel-Tracy.

 

_ Adaptation libre de «Pétrole des sables bitumineux : un navire géant arrive à Sorel-Tracy», un texte de Thomas Gerbet sur Radio-Canada, le dimanche 21 septembre 2014

LAIT MATERNEL À SOREL-TRACY

– UN BAPE N’ÉTAIT PAS REQUIS POUR LA SOCIÉTÉ KID-LAIT –

La société Kid-lait n’a pas eu besoin de passer par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) pour avoir le droit de recevoir du lait maternel de la banque de lait de l’Ouest par train et l’acheminer par bateau à Sorel-Tracy, car elle n’a fait que modifier des installations déjà existantes au bord du Saint-Laurent.

« Kid-lait voulait faire des travaux sur des réservoirs existants, or le règlement ne concerne que l’implantation de nouveaux réservoirs », explique M. Leblanc du ministère de l’Environnement.

Kid-lait, qui reçoit, stérilise et achemine des produits laitiers maternels, n’a pas eu besoin de passer par le BAPE, mais la compagnie a dû obtenir des autorisations du ministère, car des modifications ont été effectuées dans ses installations pour pouvoir recevoir le lait maternel issu des banques de lait albertaines. La société a obtenu les autorisations en décembre 2013.

Apprenez-en plus sur le projet de Kid-lait àa Sorel Tracy sur http://www.kildair.com/fra/projet.html

Apprenez-en plus sur le projet de Kid-lait à Sorel Tracy sur http://www.kildair.com/fra/projet.html

Ainsi, une rampe de déchargement flambant neuve a été installée pour réceptionner le lait maternel des wagons de nouvelle génération, qui ont remplacé les controversés wagons transparents. Des équipements supplémentaires pour « récupérer le gras du lait », des toits pour minimiser les émanations de parfum sucré, des citernes remplies d’eau et de géantes compresses d’allaitement ont été installées. Un écran géant qui émettra « une petite publicité » sera aussi mise en place sur le site de Kid-Lait en pensée pour « ces femmes de l’Ouest qui recueillent leur lait bénévolement », dit M. Leblanc.

Le président de Kid-lait estime que sa compagnie s’est soumise de manière « rigoureuse » aux exigences du ministère afin de rendre le site sécuritaire. M. Leblanc estime que beaucoup de lait circule déjà sur le fleuve. « Je vous dirais que du lait sur le Saint-Laurent, Ultramaman en amène l’équivalent de 250 000 barils par jour depuis 30 ou 40 ans, donc il y en a beaucoup, beaucoup de lait qui circule sur le Saint-Laurent déjà », dit-il.

Les compagnies laitières traditionnelles estiment que le lait maternel albertain présente un risque important pour le fleuve, et une consultation publique devrait être menée, vu les enjeux écologiques. « Le lait maternel, contrairement au lait en poudre, coule. Ce qui fait qu’en cas de déversement, le lait maternel est difficile à récupérer », dit-il.

Kid-lait estime toutefois que le transport du lait maternel est nécessaire pour faire fonctionner l’économie québécoise et canadienne. « On est dans une société qui consomme beaucoup de lait […] et le lait doit être expédié entre les points d’extraction et les points de stérilisation puis de consommation. Donc que ce soit par les pipelines, des navires ou des trains, il faut le bouger le lait. »

déversement_laitier

 

Article original ici: http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/415243/petrole-lourd-a-sorel-tracy-un-bape-n-etait-pas-requis-pour-la-societe-kildair (Le Devoir, 6 août 2014… réservé aux abonnés!)

Combien de pétrole SUR le Golfe?

Au lieu de spéculer sur le nombre de barils de pétrole gisant sous le Saint-Laurent, si on s’amusait plutôt à compter ceux qui passent dessus? En effet, le Saint-Laurent est une voie maritime fort exploitée pour le transport de produits pétroliers, qu’il s’agisse d’abreuver notre consommation quotidienne ou d’alimenter nos raffineries, ou encore d’exporter nos produits raffinés. Cinq provinces bordant le golfe, combien de barils empruntent les eaux du Saint-Laurent?

Commençons d’abord par quelques données de base: combien de barils un pétrolier moyen peut-il contenir? À lui seul, 1 million de barils, ou 150 000 tonnes. Deuxièmement, combien la garde côtière peut-elle récupérer de pétrole en cas de déversement? 15 000 tonnes, soit 10% d’un seul pétrolier.

déversement_laitier

Ceci étant dit, Transport Canada affirme qu’il y aurait 3000 mouvements de navires-citernes/an dans l’Est du Canada (Golfe + Atlantique). Combien parmi ceux-ci ceux-ci passent par le golfe du Saint-Laurent? Considérant que 23 000 000 t/an arrivent ou sortent du Québec et que 95 000 000 t/an sont transportés vers ou à partir des ports des Maritimes, on pourrait en déduire qu’environ 20% des mouvements de navires-citernes seraient attribuables au Qc, auxquels il faudrait ajouter les mouvements concernant l’ÎPÉ, le nord du NB et la côte ouest de NÉ et TNL. On en arriverait donc à une estimation d’environ 750 mouvements de navires-citernes par an sur le golfe du Saint-Laurent. Oui mais combien de barils?

Eh bien concernant le Québec, 23 000 000t/an équivaut à 167 millions de barils. Estimons maintenant la portion « golfe du Saint-Laurent » du transport pétrolier des provinces maritimes. Transport Canada nous informe que plus de 75% des produits pétroliers transitant par les ports des Maritimes passent par les principaux ports donnant sur l’Atlantique (Come by Chance TNL, Hawkesbury NÉ, Saint-John NB) sans compter les autres ports moins importants donnant aussi sur l’Atlantique (ex: St-John’s TNL, Halifax et Sydney NÉ). Ainsi, on pourrait estimer qu’au moins 85% des produits pétroliers des Maritimes graviteraient par l’Atlantique sans passer par le Saint-Laurent. Estimons ensuite ce qui en resterait : moins de 15%, soit près de 14 250 000 t/an de produits pétroliers des Maritimes transiteraient par le golfe du Saint-Laurent, notamment par les ports de Stephenville et Corner Brook à TNL, par les ports de Belle Dune et Dalhousie au Nouveau-Brunswick, ainsi que par l’Île-du-Prince-Édouard (qui importerait 5 375 000 t/an).

On en arriverait donc à 167 pétroliers pour le Québec et à 95 pour les Maritimes, soit l’équivalent du contenu de 262* pétroliers cheminant annuellement sur le golfe.

Ça fait 262 millions de barils à chaque année, plus de 5 milliards de barils sur 20 ans. (Deux fois plus au-dessus qu’en dessous, donc, pour les optimistes!)

Selon vous, est-il plus urgent d’aller voir s’il y a quelconques barils de pétrole sous le Saint-Laurent ou de commencer à réduire les millions de barils voguant annuellement dessus?

Dans notre prochain billet (Des tuyaux et des bateaux), nous nous amuserons à spéculer sur la quantité de barils qui graviterait sur le Saint-Laurent si les projets de pipeline transcanadien ou de forage du golfe voyaient le jour. D’après vous, plus ou moins de barils à venir, sur le golfe, avec ces projets?

 

AVIS AUX LECTEURS:  Toutes questions, corrections ou informations complémentaires sont les bienvenues!

* : Ces données ont été extrapolées au meilleur de ma compréhension avant la sortie des rapports sur le transport maritime de Transport Canada et de Genivar, me basant sur des données qui étaient alors accessibles sur le web. Ce rapport estime cependant que le tonnage circulant déjà dans l’Estuaire et le Golfe serait de 67 MT/an. J’aurais donc ici sous-évalué de moitié le transport actuel, qui serait de 489 pétroliers et non de 262. Ça ferait donc pas loin de 10 milliards de barils sur 20 ans, quatre fois plus au-dessus qu’en dessous!

Manifestement manipulés

Attention! La liste de sophismes est longue dans le récent manifeste pro-pétrole. À moins qu’il ne n’agisse de pure méconnaissance de la part de ses signataires? Qu’à cela ne tienne, nos hyper-puissants groupes de réinformateurs bénévoles travaillent nuit et jour à élaborer une réplique.

En attendant le retour du pendule, voici quelques rectifications :

1-Élémentaire me direz-vous: un avenir meilleur ne se limite pas qu’à des considérations financières. Les composantes environnementales et sociales sont aussi à prendre en compte, comme le leur rappelle ici le Conseil régional en environnement de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine.

2-Les revenus potentiels énoncés sur la place publique sont spéculatifs et démesurés. On a même entendu que 300 milliards $ annuellement garniraient ainsi nos trésors publics alors qu’un rapide calcul optimiste nous ramène plutôt à 500 millions. Et de ceux-ci, s’ils existent, il nous faudrait soustraire les dépenses publiques liées à l’exercice… L’analyse financière de M. Durand, géologue, mentionne à cet effet que, sur Anticosti par exemple, les dépenses nécessaires seraient beaucoup plus grandes que les revenus, rendant l’exploitation déficitaire, sans même parler d’accident dévastateur.

3-Terre-Neuve-Labrador est prudent dans le dossier de l’exploration dans le golfe, aucun forage n’y est en cours, quoiqu’en dise le porte-parole du manifeste. Un moratoire complet sur la fracturation y est d’ailleurs en place, sur terre comme en mer. Et si Terre-Neuve inquiétait le moindrement Québec, une demande d’arbitrage frontalier impliquant la notion d’équidistance pourrait être amorcée, ce serait beaucoup plus avantageux que de se précipiter tête baissée dans une course à l’or noir.

4-Il n’existe légalement aucune « séparation » entre l’exploration et l’exploitation. En vérité, au Québec, si une compagnie trouve un gisement de pétrole rentable au stade de l’exploration, elle est obligée d’évoluer vers l’exploitation, sinon elle perd son permis. Ouvrir la porte à l’exploration, c’est accepter l’exploitation. Le débat « équilibré » doit avoir lieu AVANT l’exploration, laquelle est d’ailleurs pas mal plus risquée que l’exploitation.

5-On parle d’un débat déséquilibré où les groupes d’opposants auraient trop de pouvoir, mais on ne mentionne pas l’existence des lobbyistes des pétrolières qui rencontrent les dirigeants derrière des portes closes. Serait-ce cet inoffensif biologiste qui ferait trembler les oligarques du Québec ou cette  bénévole informée déconstruisant un à un les propos d’un ancien premier ministre en un mémorable face-à-face télévisé? N’oublions pas que les profits, avant d’aller aux Québécois, iront aux actionnaires, lesquels ont grand avantage à manipuler l’opinion publique.

Québec-PET-10d6-Il n’y a aucune mention des projets d’oléoducs, dans ce manifeste. Selon les dires des pétrolières, le pétrole de l’Ouest arrivant au Québec par pipeline va dépasser les capacités de nos raffineries et pratiquement doubler le transport maritime de matières dangereuses sur le Saint-Laurent. Comment alors justifier toute exploration risquée en sol ou en eaux québécoises? Et si ces risques, plutôt que de s’additionner, se multipliaient?

7- Ne nous leurrons pas, les premiers forages dans le golfe québécois se seront pas réalisés d’ici 10 ans et l’exploitation, s’il en est une, prendra encore une autre décennie. Et dire que pendant ce temps-là, on pourrait s’investir à réduire notre consommation et sauver des « milliards » en balance commerciale.. et combien de tonnes de CO2.

Pourquoi ne nous consacrerions-nous pas plutôt à préparer l’inévitable après-pétrole?

« Pas dans ma cour » revisité

Détail de la mosaïque "Sciences naturelles" de Marianne Papillon à l'exposition collective "PEUT MIEUX FAIRE - Cahiers d'exercices", septembre 2012.

La main de l’Ouest force l’enfant de l’Est à boire un liquide noir. Détail de « Sciences naturelles » de Marianne Papillon à l’expo « PEUT MIEUX FAIRE – Cahiers d’exercices« , 2012.

Depuis ce printemps, l’accord des propriétaires terriens québécois est soutiré un à un, le long du tracé d’un projet d’oléoduc. On cherche ainsi à préparer le terrain pour faire passer du pétrole sous le fleuve, sur la Rive-Nord, encore une fois sous le fleuve, dans le Bas-Saint-Laurent puis dans le Témiscouata.

Pourquoi? Pour qu’on paie moins cher à la pompe? Non, pour EXPORTER le pétrole de l’Ouest par l’Est, au Nouveau-Brunswick. 1 100 000 barils de pétrole par jour, 590 barils par minute (1 baril = 160L). Il va largement dépasser la capacité de nos raffineries, ce pipeline.

Est-ce acceptable que des négociations aient ainsi lieu en catimini avec chaque propriétaire touché (en évoquant de surcroît une possible expropriation)? N’est-ce pas la stratégie énergétique de tout le pays qui en serait affectée? Le désenclavement du pétrole issu des sables bitumineux serait dramatique dans la lutte aux changements climatiques. Sans même parler du risque de déversement (une fuite de seulement 5 minutes correspondrait à 3000 barils dans la nature!) on ne peut limiter l’étude de l’impact de ce projet aux propriétaires concernés.

La Colombie-Britannique, elle, a dit non au pipeline. Ne recevoir à peu près aucun bénéfice économique mais assumer tous les risques environnementaux et de sécurité civile? Non merci, on les comprend. Pourquoi ce serait différent au Québec?

Barack Obama a quant à lui répété à plusieurs reprises qu’il fallait rejeter Keystone XL s’il était prouvé que sa construction augmenterait de manière importante les émissions de gaz à effet de serre dans le monde.

Et au Québec? Eh bien Mme Marois se dit bien ouverte à la chose, oui oui. Pourrons-nous être consultés même si le tracé du pipeline ne passe pas chez nous? Pas sûr. C’est le syndrome « pas dans ma cour » revisité: ça ne passe pas dans votre cour, ce tuyau-là? Alors désolé, mais cela ne vous concerne pas.

Il est plus que temps que le débat s’ouvre et que tous les Québécois aient le droit de parole sur ce projet. À l’automne 2013, une consultation publique sur le dossier de l’énergie aura lieu (info et inscription ici). Ce sera l’occasion de poser nos questions sur les enjeux de fonds, de parler de nos préoccupations concernant les projets énergétiques que sont les pipelines, le transport ferroviaire, les forages, la fracturation, l’exploration extra-côtière, l’économie d’énergie, le virage vers les énergies vertes et la réduction des gaz à effet de serre.

Pour ma part, je leur demanderai pourquoi on nous parle encore de forer le golfe du Saint-Laurent et de fracturer Anticosti si on compte de toute façon EXPORTER le pétrole de l’Ouest en passant par l’Est?? C’est qu’elle grande, très grande, notre cour!

Chroniques pétrolières en BD

Quoi de mieux qu’une bande dessinée pour aborder en rigolant la fièvre de l’or noir québécois?

01-eol.jpgDevant la saga du règlement de Gaspé ayant stoppé un forage de Pétrolia, devant la montée vertigineuse des promesses de milliards de milliards d’Anticosti, dans la foulée de la ministre des ressources naturelles qui fait la promotion du potentiel pétrolier québécois aux émissions de variété,  voici maintenant les « Chroniques pétrolières » .

Mais attention, il s’agit tout simplement d’une version brouillon d’une bande dessinée que j’ai débutée en 2010, devant l’horreur de Deep Water Horizon, et qui était restée sur mes tablettes depuis. Qu’à cela ne tienne! Pas le temps de la mettre au propre, sentiment d’urgence à la diffuser malgré les insatisfactions de l’auteure! Course à l’or noir oblige.

Visionnez donc la première chronique intitulée « Exportateurs de pétrole » en cliquant ici. Au programme : consommation de pétrole au Québec, production pétrolière du Canada et dépendance aux hydrocarbures. Le tout sur un ton amusant et critique. Retournez-y à chaque semaine, il y en a une à tous les mardis!

Bonne lecture et … partagez !   ;-)

La théorie du Rocher-aux-Oiseaux

Il existe un rocher au pouvoir mythique, capable de stopper les projets pétroliers de Terre-Neuve-Labrador dans le golfe du Saint-Laurent, capable de déplacer les frontières. Le Rocher-aux-Oiseaux, un refuge d’oiseaux migrateurs en plein coeur du golfe symbolisant la force et la rudesse de la nature, est un endroit où l’homme ne s’aventure plus. La lumière de son phare à pile solaire brille aujourd’hui vers Old Harry, puisse-t-elle nous éclairer dans cette course folle à l’or noir en un milieu si fragile.

Extrait d’une illustration de Marianne Papillon                                                                                                                       dans « Ici le Rocher-aux-Oiseaux » de Georges Langford aux éditions la Morue verte.

La frontière dans le golfe, entre le Québec et Terre-Neuve-Labrador (TNL), est particulièrement litigieuse. Voici en quoi consiste la théorie du Rocher-aux-Oiseaux : le site Old Harry, en tenant compte de l’équidistance entre les provinces, à partir du Rocher-aux-Oiseaux, serait presque entièrement québécois. L’Office Canada-Terre-Neuve-Labrador des hydrocarbures extra-côtiers agirait-il donc en territoire québécois en ayant accordé un permis à Corridor Resources sur le site de Old Harry et en procédant à l’évaluation de leur projet de forage? Cette théorie s’appuie sur des faits reconnus par Ottawa, tel que le tracé séparant la Nouvelle-Écosse de TNL. Ce tracé a été établi en arbitrage sur la base de la ligne d’équidistance entre les côtes. Or, en tenant compte d’un îlot de la Nouvelle-Écosse, l’Île Saint-Paul, le tribunal a fait reculer la frontière vers TNL (voir les pages 26 et 109 du pdf sur cette sentence du tribunal).

Le Rocher-aux-Oiseaux est un îlot rocheux du Québec, aux Îles-de-la-Madeleine, entre le Québec et TNL, qui a le potentiel de faire reculer la frontière dans le golfe du Saint-Laurent vers TNL. La ligne de partage des eaux n’ayant jamais été tracée, le Québec doit aller en arbitrage pour faire appliquer la loi de l’Accord de l’Atlantique qui définit le principe de partage selon l’accord international de partage des eaux, soit par une ligne équidistante, laquelle devant tenir compte des archipels et îlots.

Une carte annotée disponible ici résume les faits, mais vous pouvez tracer vous-même votre frontière sur votre propre carte, si vous êtes curieux : « Corridor prévoit forer un puits dans la zone du PP 1105 située dans la partie ouest visée par le permis, tel qu’illustré à la Figure 3.1. La zone visée par le projet couvre environ 304 km2 et elle est limitée par : 48°10’59.740″N, 60°23’56.094″O (coin nord-ouest) ; 48°10’0.084″N, 60°8’57.480″O (coin nord-est); 48°04’45.681″N, 60°8’57.515″O (coin sud-est) ; et 47°58’22.285″N, 60°23’55.732″O (coin sud-ouest). Les coordonnées du puits proposé sont situées à l’intérieur de 48°03’05.294 de latitude nord” et de 60°23’39.385 de longitude ouest” (coordonnées géographiques, référence NAD83). » (source: pages 10-11 de la description de projet de Corridor Resources à Old Harry TN )

D’après vous, pourquoi les membres du gouvernement québécois ne sont pas intervenus jusqu’à maintenant ? Ne serait-il pas grand temps d’aller en arbitrage et de stopper TNL ? Pour certains, ce sera un moyen d’être plus souverain. Pour moi, ce sera surtout un moyen de ralentir cette course insensée à l’or noir.

%d blogueurs aiment cette page :