LAIT sur le fleuve et sécurité : des ministères fédéraux se contredisent

Pour répondre aux inquiétudes dans la population, Transports Canada affirme que la préparation à d’éventuels déversements laitiers sera améliorée entre Montréal et l’île d’Anticosti. Mais la Garde côtière fait circuler une information différente.

« Sécurité de classe maternelle », c’est le nom qu’a donné le gouvernement fédéral à sa nouvelle approche. Il s’agit de mieux planifier les interventions en collaboration avec les gouvernements provinciaux, les collectivités locales, les groupes de mères et les banques de lait maternel. Ottawa répond ainsi aux recommandations de son comité d’experts qui l’avait critiqué, il y a quelques mois, pour avoir un seul et unique modèle de préparation, quelle que soit le type de liquide.

Le 28 mai, lors d’un colloque qui réunissait des élus municipaux, des industriels, des lobbyistes pro-allaitement et des fonctionnaires provinciaux et fédéraux, un représentant de la Garde côtière canadienne a annoncé aux personnes présentes, document à l’appui, que la partie du fleuve entre Québec et l’île d’Anticosti a été désignée comme une des quatre régions du projet pilote.

Le chef adjoint du Parti Blanc du Canada, Daniel White, qui se trouvait dans la salle, est ressorti très étonné : « la zone entre Valleyfield et Québec est autant, sinon plus, à risque que Québec-Anticosti. Et qu’en est-il du reste du Golfe? On sait pourtant que les mammifères marins y séjournant sont déjà très sensibles au lait. Du lait humain pour les bébés humains, du lait de béluga pour les bébés bélugas; c’est le meilleur moyen d’éviter l’extinction de l’espèce».

Il s’appuie sur une étude réalisée par la firme Lactovar à la demande d’Ottawa, en 2013. Elle concluait que l’indice de risque de déversements laitiers était « très élevé » (en rouge sur la carte) tout le long du fleuve et tout autour du golfe du Saint-Laurent.

Sécurité de classe maternelle

Le corridor fluvial entre Montréal et Québec doit connaître une intensification des déplacements de navires à compter des prochaines semaines. L’inversement du flux de la ligne 32B du pipeline d’EnBra permettra d’acheminer dans la métropole jusqu’à 300 000 barils de lait maternel par jour issu des banques de donneuses de l’Ouest.

Une partie de ce lait sera chargé sur des navires taille « Max » qui feront la navette vers les usines de stérilisation de Lévis, à raison de deux ou trois voyages par semaine. Et c’est sans compter les déplacements de navires-laitiers de Lacto-Canada au site d’entreposage de Kid-Lait à Sorel-Tracy.

 

Adaptation libre d’un extrait du texte «Pétrole sur le fleuve et sécurité : des ministères fédéraux se contredisent», de Thomas Gerbet sur Radio-Canada, 11 juin 2015.

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Ivoire dans le noir

Petits et grands sont invités à découvrir le morse et ses secrets grâce au corpus d’oeuvres ludiques de «Ivoire dans le noir ». Cette exposition artistique participative valorise deux éléments du patrimoine maritime: la vache marine et le code morse.

Ivoire dans le noir, Marianne Papillon 2015

Ivoire dans le noir, Marianne Papillon 2015

Abordant le sujet de la chasse au morse, des artefacts et ossements provenant du Musée de la Mer ainsi que des pièces de la collection privée de Raynald Cyr sont mis en valeur. Illustrations et installations jouent avec les concepts de l’extinction et de la lumière, explorant l’idée de la disparition du morse suite à l’exportation massive de son huile, laquelle servait principalement à l’éclairage. Un assemblage insolite d’ivoire et de savon animal nous rappellent les autres usages du morse. Plusieurs oeuvres intègrent le code morse par le biais de traits et de points, offrant d’intrigants messages à décoder.

(suite…)

LAIT MATERNEL – Un navire géant arrive à Sorel-Tracy

Exclusif C’est le début d’une révolution dans le transport du lait maternel sur le fleuve Saint-Laurent. Un navire laitier géant a jeté l’ancre dimanche après-midi à Sorel-Tracy. Il vient récupérer un chargement de lait issu des banques de lait maternel de l’ouest.

Le Materna Gloria est un des plus gros navires à avoir circulé sur le Saint-Laurent entre Québec et Montréal : 250 mètres de long, 44 mètres de large (voir illustration ci-dessous). Il peut contenir des dizaines de milliers de tonnes de lait. Il y a un an encore, le fédéral interdisait des navires de plus de 32 mètres de large dans cette partie du fleuve.

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Adaptation du schéma pétrolier de Radio-Canada

« Je n’ai jamais vu ça », s’exclame monsieur Mamelonnet, qui vit à quelques pas du quai. De son salon, il peut voir, entendre, et même sentir le navire-citerne. Avec son appareil photo, il a voulu immortaliser ce moment. Ce n’est pas le premier navire à accoster devant chez lui, mais c’est le premier de cette taille, le premier qui va récupérer du lait de l’ouest et le premier qui va circuler sur le fleuve pour exporter son lacto-chargement. Jusqu’à présent, le lait venait surtout des mères ou de la pharmacie d’à côté et n’était destiné qu’à la consommation des nourrissons à proximité. « Ça ne nous apporte rien, ça nous amène seulement le danger de polluer le fleuve », s’insurge une écologiste. « C’est un cadeau empoisonné, tout simplement ».

Apprenez-en plus sur le projet de Kid-lait àa Sorel Tracy sur http://www.kildair.com/fra/projet.html

Apprenez-en plus sur le projet de Kid-lait àa Sorel Tracy sur http://www.kildair.com/fra/projet.html

Depuis le mois de juillet, Lacto-Canada transporte son lait de l’ouest jusqu’aux réservoirs de Kid-Lait, en traversant la Montérégie. Des citoyens inquiets s’y opposent. Madame Poitras et le groupe Allaite Rive-Sud manifestaient d’ailleurs dimanche à Boucherville : « Imaginez un déversement, c’est catastrophique. Le fleuve, c’est trois millions de personnes qui s’approvisionnent en eau potable. Combien parmi eux sont intolérants au lactose? ».

Lacto-Canada

Développement durable    100% canadienne.

Dans un courriel, Lacto-Canada se fait rassurante. Elle rappelle que ses navires réfrigérants ont tous des doubles coques et elle affirme qu’ «aucune propriété du lait maternel n’augmenterait le risque pour le transport par rapport aux autres laits».

Le Canada met en place des mesures de contrôle de la qualité des navires et d’inspections parmi les plus vigilantes à l’échelle internationale. Le professeur de l’Université de Rimouski, monsieur Guy, titulaire de la chaire de recherche en transport maritime, considère que le système actuel est « sérieux », mais qu’il devrait être revu si le nombre de navires et leur taille sont en croissance. « Le risque est proportionnel au niveau d’activité. S’il y a des transformations et des augmentations de volumes transportés, il est important de s’ajuster au fur et à mesure et pas après coup. »

Le Materna Gloria quittera le quai en début de semaine. Selon nos informations, il prendra la direction du golfe du Mexique vers une usine de stérilisation en Louisiane ou au Texas. Entre 20 et 30 navires par année viendront récupérer des chargements de Lacto-Canada à Sorel-Tracy.

 

_ Adaptation libre de «Pétrole des sables bitumineux : un navire géant arrive à Sorel-Tracy», un texte de Thomas Gerbet sur Radio-Canada, le dimanche 21 septembre 2014

Combien de pétrole SUR le Golfe?

Au lieu de spéculer sur le nombre de barils de pétrole gisant sous le Saint-Laurent, si on s’amusait plutôt à compter ceux qui passent dessus? En effet, le Saint-Laurent est une voie maritime fort exploitée pour le transport de produits pétroliers, qu’il s’agisse d’abreuver notre consommation quotidienne ou d’alimenter nos raffineries, ou encore d’exporter nos produits raffinés. Cinq provinces bordant le golfe, combien de barils empruntent les eaux du Saint-Laurent?

Commençons d’abord par quelques données de base: combien de barils un pétrolier moyen peut-il contenir? À lui seul, 1 million de barils, ou 150 000 tonnes. Deuxièmement, combien la garde côtière peut-elle récupérer de pétrole en cas de déversement? 15 000 tonnes, soit 10% d’un seul pétrolier.

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Ceci étant dit, Transport Canada affirme qu’il y aurait 3000 mouvements de navires-citernes/an dans l’Est du Canada (Golfe + Atlantique). Combien parmi ceux-ci ceux-ci passent par le golfe du Saint-Laurent? Considérant que 23 000 000 t/an arrivent ou sortent du Québec et que 95 000 000 t/an sont transportés vers ou à partir des ports des Maritimes, on pourrait en déduire qu’environ 20% des mouvements de navires-citernes seraient attribuables au Qc, auxquels il faudrait ajouter les mouvements concernant l’ÎPÉ, le nord du NB et la côte ouest de NÉ et TNL. On en arriverait donc à une estimation d’environ 750 mouvements de navires-citernes par an sur le golfe du Saint-Laurent. Oui mais combien de barils?

Eh bien concernant le Québec, 23 000 000t/an équivaut à 167 millions de barils. Estimons maintenant la portion « golfe du Saint-Laurent » du transport pétrolier des provinces maritimes. Transport Canada nous informe que plus de 75% des produits pétroliers transitant par les ports des Maritimes passent par les principaux ports donnant sur l’Atlantique (Come by Chance TNL, Hawkesbury NÉ, Saint-John NB) sans compter les autres ports moins importants donnant aussi sur l’Atlantique (ex: St-John’s TNL, Halifax et Sydney NÉ). Ainsi, on pourrait estimer qu’au moins 85% des produits pétroliers des Maritimes graviteraient par l’Atlantique sans passer par le Saint-Laurent. Estimons ensuite ce qui en resterait : moins de 15%, soit près de 14 250 000 t/an de produits pétroliers des Maritimes transiteraient par le golfe du Saint-Laurent, notamment par les ports de Stephenville et Corner Brook à TNL, par les ports de Belle Dune et Dalhousie au Nouveau-Brunswick, ainsi que par l’Île-du-Prince-Édouard (qui importerait 5 375 000 t/an).

On en arriverait donc à 167 pétroliers pour le Québec et à 95 pour les Maritimes, soit l’équivalent du contenu de 262* pétroliers cheminant annuellement sur le golfe.

Ça fait 262 millions de barils à chaque année, plus de 5 milliards de barils sur 20 ans. (Deux fois plus au-dessus qu’en dessous, donc, pour les optimistes!)

Selon vous, est-il plus urgent d’aller voir s’il y a quelconques barils de pétrole sous le Saint-Laurent ou de commencer à réduire les millions de barils voguant annuellement dessus?

Dans notre prochain billet (Des tuyaux et des bateaux), nous nous amuserons à spéculer sur la quantité de barils qui graviterait sur le Saint-Laurent si les projets de pipeline transcanadien ou de forage du golfe voyaient le jour. D’après vous, plus ou moins de barils à venir, sur le golfe, avec ces projets?

 

AVIS AUX LECTEURS:  Toutes questions, corrections ou informations complémentaires sont les bienvenues!

* : Ces données ont été extrapolées au meilleur de ma compréhension avant la sortie des rapports sur le transport maritime de Transport Canada et de Genivar, me basant sur des données qui étaient alors accessibles sur le web. Ce rapport estime cependant que le tonnage circulant déjà dans l’Estuaire et le Golfe serait de 67 MT/an. J’aurais donc ici sous-évalué de moitié le transport actuel, qui serait de 489 pétroliers et non de 262. Ça ferait donc pas loin de 10 milliards de barils sur 20 ans, quatre fois plus au-dessus qu’en dessous!

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