Ivoire dans le noir

Petits et grands sont invités à découvrir le morse et ses secrets grâce au corpus d’oeuvres ludiques de «Ivoire dans le noir ». Cette exposition artistique participative valorise deux éléments du patrimoine maritime: la vache marine et le code morse.

Ivoire dans le noir, Marianne Papillon 2015

Ivoire dans le noir, Marianne Papillon 2015

Abordant le sujet de la chasse au morse, des artefacts et ossements provenant du Musée de la Mer ainsi que des pièces de la collection privée de Raynald Cyr sont mis en valeur. Illustrations et installations jouent avec les concepts de l’extinction et de la lumière, explorant l’idée de la disparition du morse suite à l’exportation massive de son huile, laquelle servait principalement à l’éclairage. Un assemblage insolite d’ivoire et de savon animal nous rappellent les autres usages du morse. Plusieurs oeuvres intègrent le code morse par le biais de traits et de points, offrant d’intrigants messages à décoder.

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Relevaille et Carnation

Hareng salé et sirop de grand thé, une réalisation d’Attention Fragîles, par Stéphanie Arseneau Bussières aux éditions la Morue verte

Le livre Hareng salé et sirop de grand thé relate les témoignages de 102 femmes et hommes des Îles-de-la-Madeleine, âgés de 57 à 97 ans. Cet ouvrage offre des parcelles de notre histoire et se situe entre le récit ethnographique et le répertoire de plantes et produits médicinaux. On y raconte la réalité d’antan, au tout début de l’ère du pétrole et de la médicalisaton.

Les extraits portant sur la périnatalité m’ont particulièrement touchée. D’abord choquée, je comprends mieux, maintenant, contre quoi les groupes de soutien en allaitement doivent lutter: contre près de 100 ans de brèche culturelle. Certains mythes et préjugés semblent avoir la couenne dure ! En voici donc un extrait, sous toute réserve…

Neufs jours.

Neuf jours au lit sans avoir la permission de se lever ! Une fois l’enfant né, des bonnes venaient en prendre soin ainsi que s’occuper des tâches ménagères et des enfants plus vieux. On permettait à la mère de se remettre sur pied. C’était les relevailles. On croyait que les organes internes de la femme ne reprenaient leur place qu’à la neuvième journée. Le temps prescrit pouvait sembler long pour les unes, mais était une bénédiction pour les autres : « C’était ben le seul temps où elles pouvaient rester couchées ! « 

 » À l’hôpital, on restait couchées neuf jours au premier. Je m’en souviens, neuf jours avant que les femmes puissent se mettre les pieds en bas. « 

 » Neuf jours, c’était juste pour les premiers. Mais au deuxième, j’me suis levée un p’tit peu… Et les autres, on restait pas couchées, la mode avait changée. « 

 » Un moment c’est venu qu’y’ont dit que les femmes d’Angleterre restaient juste cinq jours, et qu’on pouvait faire pareil… « 

Une autre pratique répandue chez les femmes consistait à se purger avant de reprendre les activités normales :  » Puis la neuvième journée, ils nous faisaient prendre de l’huile de castor. Pas besoin d’te dire que quand on sortait, on était pas fortes. Couchées toute une semaine !  » Selon certaines, cet usage servait à « assécher le lait », puisque le biberon était de mise pour les femmes de l’époque. Les feuilles de chou prévenaient aussi les montées de lait : on entourait les seins de feuilles, celles à l’extérieur du chou, et la production de lait tendait à décroître. Lorsque les montées étaient trop douloureuses, une femme nous raconte qu’elle se frictionnait les seins d’huile camphrée chaude (en évitant les mamelons), avant de s’entourer la poitrine de bandes de flanelle. Le tissu épongeait le lait et l’huile camphrée apaisait la douleur.

L’allaitement était en effet rarissime.  » Moi j’le nourissais et il fallait que j’aille dans une chambre parce qu’on n’avait pas l’droit d’être devant les autres, c’était péché.  » Il était fréquent qu’on dise aux femmes (et qu’elles se disent entre elles) que leur lait n’était pas assez riche ou qu’elles n’en avaient pas assez. L’une d’elle se disait trop petite, mais elle réalise aujourd’hui combien le manque de soutien et la pression sociale les forçaient presque à se tourner vers d’autres laits. Le lait de vache bouilli puis le lait Carnation ont été donnés aux nourrissons, raconte une dame de Grosse-Île, avant que les préparations commerciales pour nourrissons ne fassent leur apparition. L’allaitement? Seules les « marginales » le choisissaient.

« Did you breastfeed?

– No.

– And your mother?

– Yes.

– So the bottle came mostly to your generation. Why was the bottle used?

– I don’t know. The babies were born home and there were no doctor advice. We used cow milk. I would bring it to a boil on the stove to sterilize it.

– Cow milk?

– Yes. In later years, they started to use Carnation milk. Then the nurses started to give formula.

– No one would breastfeed?

– Maybe the odds… but I don’t know. « 

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