Le glas de la dépendance

Ce matin-là, après avoir constaté le silence du cadran et la fraîcheur ambiante, pas moyen d’ouvrir notre porte. Barrée par le verglas. Certains diront qu’un demi pouce de glace trônait sur nos cantons, d’autre un pouce et demi. Peu importe : notre réseau électrique était fichu. Les poteaux, tels des dominos, avait cédé pendant la nuit. Et c’est alors que l’ampleur de ma négligence civile et de mon incompétence domestique m’est apparue.

Faudrait tenir quelques provisions, quelque chose qui se mange sans cuisson et quelques bouteilles d’eau. Faudrait avoir plus de piles, une boîte d’allumettes qui peuvent encore s’allumer. Faudrait que les enfants gardent leurs bas aux pieds, et mettent des souliers. Faudrait que le signal lumineux « fuel » ne se soit pas allumé la veille, question de pouvoir déglacer l’auto en prenant notre temps, sans briser la fenêtre. Faudrait savoir quand et comment vider les tuyaux. Faudrait qui fasse moins froid dehors, moins noir le soir.

Heureusement, on a une 2e porte, qui se laisse ouvrir. Heureusement, on a une tente et des sacs de couchage, qu’on peut installer dans le salon pour réchauffer les enfants pendant qu’on coupe l’eau et qu’on protège nos biens au sous-sol. Heureusement, on a un téléphone avec fil qui fonctionne malgré la panne. On a des bons amis qui nous tiennent informés et qui nous invitent au chaud, cinq nuits durant. On a des institutions qui réagissent et une communauté qui se revire de bord.

Les Îles-de-la-Madeleine ont expérimenté un sevrage énergétique soudain pendant les pires froids de l’année. Théâtre d’une solidarité légendaire, les insulaires se seront serrés les coudes, et les monteurs de ligne auront fait des pieds et des mains. Vivre sans électricité en plein hiver? Pff, on s’y ferait, clâmeront certains. En effet, on s’y est fait, pendant 5 jours, parce que nous savions que cela était temporaire.

Ce brusque sevrage électrique, plus qu’une démonstration de notre capacité d’adaptation, témoigne à mes yeux de notre dépendance aux hydrocarbures. Comment sommes-nous venus à bout de cette crise énergétique locale? En chauffant au bois récupéré qu’on allait chercher en auto et en chauffant avec des génératrices qui carburent à l’essence. Puis, en se procurant des denrées 2 fois plus loin parce que la marché d’alimentation du coin était fermé, en empruntant un réseau déglacé à grand coup de machinerie. Pendant ce temps, des équipes de travail d’Hydro-Québec et de la Sûreté du Québec arrivait par avion pour nous « secourir ». Une abondance de véhicules chargés de poteaux et de filage pour monter les nouvelles lignes arrivait par la mer, se tapant le trajet Montréal-Cap-aux-Meules en bateau à moteur. Sans compter les visites ministérielles et autres parades médiatiques aux bilans de carbone ombrageux.

Qu’arrivera-t-il donc lorsque les ressources énergétiques mondiales seront épuisées pour toujours? Comment allons-nous chauffer? Nous procurer nos denrées? Parcourir les distances? Communiquer?  Comment allons-nous nourir nos enfants? (En tout cas, pour celles qui allaitent, ça fait un tracas de moins. Restera tout de même à trouver un moyen d’abreuver la mère avec de l’eau potable.) Caricatural, ce portrait? Oui, bien sûr. Le sevrage énergétique mondial ne se fera pas du jour au lendemain. N’empêche, ça donne le goût de mieux s’y préparer.

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Des options pour réorganiser son île

Population de 13 000 insulaires en plein Coeur du golfe du Saint-Laurent, dépendante du continent pour ses approvisionnements, brûlant du mazout pour s’éclairer, expropriant ses déchets par bateaux, vivant de pêche et de tourisme. Qu’adviendra-t-il de notre paradis, les Îles de la Madeleine, quand le pétrole nous sera rendu inaccessible? Où sont nos sphères de dépendance aux hydrocarbures, les moyens pour s’en passer, mais aussi quelles sont les étapes à franchir pour y parvenir?

C’est la question que je me pose depuis plus d’un an maintenant, depuis mon “choc pétrolier”. C’est avec étonnement et réconfort que j’ai pris connaissance des initiatives de transition qui s’opèrent à travers le monde, ainsi que du mouvement cradle to cradle Island d’où émergent des îles qui sont autonomes énergétiquement. Je vous livre donc ici le fruit, pas encore tout à fait mûr, de mes réflexions sur nos moyens de diminuer notre empreinte écologique et d’augmenter la résilience de notre communauté :

À mon avis, la première cible locale est la conversion de la centrale thermique

  • oui le gaz naturel pourrait être mieux que le mazout, mais l’éolien ou un câble amenant l’hydroélectricité ou exportant l’électricité éolienne serait encore mieux, et que dire du biométhane, de l’énergie marémotrice et du pompage hydraulique éolien?

12e vue de la butte à Mounette,           Marianne Papillon

La deuxième cible est la réduction des dépenses énergétiques

  • par une meilleure efficacité (maison isolée, chauffe-eau solaire, etc) ex: il existe des maisons à consommation zero, qui se chauffent par la chaleur humaine, animale et les petits appareils électroniques, toute perte de chaleur étant récupérée et la maison étant parfaitement isolée.
  • par une meilleure organisation sociale (transport collectif optimisé, réseautage de ressources par canton, occupation du territoire…) ex : l’étalement urbain, c’est aussi une réalité des milieux ruraux. Nous gaspillons beaucoup de ressources à éloigner nos logements les uns des autres.

Exemples de projets possibles aux Îles-de-la-Madeleine pour réduire notre dépendance aux hydrocarbures :

  • optimiser le transport en commun,
    • avec une énergie non fossile pour les véhicules demeurant sur les Îles (ex: électrique, gaz, air comprimé)
    • le rendre bcp plus accessible : aux 30 minutes, sans besoin de réserver, itinéraires sur chemins secondaires aussi.
    • optimiser le transport en commun pour le transport hors des Îles aussi (autobus et covoiturage)
    • instaurer un réseau officiel de co-voiturage des Îles-de-la-Madeleine par internet et/ou dans chaque organisation (ex : travail, garderie, loisir).installer des bornes de recharge électrique pour les véhicules, une fois la centrale convertie,
  • gestion des déchets générant de l’énergie (biométhanisation, incinérateur avec récupération de chaleur & transformation en énergie sous le principe du moteur à vapeur)
  • soutenir la création d’une entreprise ou expertise en géothermie et solaire pour conversion commerciale et domestique,
  • favoriser la proximité géographique pour les clientèles de différents services, ex: garderie,
  • valoriser la transmission des connaissances en matière d’activités de subsistance (pêche, cueillette, élevage, agriculture, voile, tissage),
  • enseigner le jardinage et la permaculture (agriculture à l’année, dans nos habitations),
  • favoriser l’allaitement maternel,
  • installer des voies cyclables et des racks à bicyclettes massivement
  • contrer l’étalement urbain par un programme d’aménagement territorial, favoriser les immeubles à logement et les coopératives d’habitation,
  • limiter le déboisement, augmenter les efforts de reboisement.

Quelles sont VOS idées d’adaptation sociale et énergétique?

Combler nos besoins : oui mais comment?


Les énergies renouvelables sont méconnues et en progression constante. Elles sont des solutions d’avenir et vraisemblablement applicables, en partie, dès maintenant.


Les énergies fossiles sont encore disponibles et notre mode de vie en dépend, mais nous serions sages de se les réserver pour assurer la transition vers l’ère post-pétrole plutôt que de les dilapider là où l’on pourrait déjà les remplacer. Nous serions sages aussi de préserver ce qui est encore fertile et de proscrire l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent ainsi que dans tout autre écosystème fragile.

Quoiqu’il en soit, dans un futur imprécis, nous n’aurons plus accès aux ressources fossiles et nous devrons nous y préparer puisque nos besoins essentiels seront menacés. 

Ainsi, nous devons nous repositionner sur nos véritables besoins ET sur la façon de les combler.

Nous devons à la fois identifier nos sphères de dépendance au pétrole et les moyens pour s’en passer, mais aussi les étapes à franchir pour y parvenir.

Cette démarche de transition en est d’abord une personnelle. La démocratie, c’est encore 50% +1 de la population, donc c’est ici que ça commence, en chacun de nous. MAIS, ce sont des enjeux de bien-être collectif, de santé publique et de sécurité civile. On ne peut donc absolument pas risquer de compter uniquement sur les individus pour effectuer les changements requis.

Il y a des enjeux qui sont de niveaux étatiques et, de toute évidence, la transition énergétique en est un. Il est temps que le monde politique s’intéresse aux réels enjeux énergétiques et assume ses responsabilités en matière de planification et de réorganisation.

Alors, qu’allons-nous leur suggérer, à nos élus?

Combler nos besoins : oui mais lesquels?

Nous devons planifier notre organisation énergétique et sociale en fonction de nos besoins et options véritables, et non en fonction de ceux qui nous sont dictés par l’industrie.

Mais quelles sont nos besoins véritables? Être heureux, en santé et en sécurité, cela va sans dire. Et ceci repose d’abord sur nos besoins essentiels que j’identifierais ainsi : une eau saine et accessible, de la nourriture saine et accessible, un abri et la paix sociale. Avons-nous vraiment besoin de décorations de Noël gonflables? Avons-nous vraiment besoin de piscines chauffées? Avons-nous vraiment besoin de développement économique?

Nous avons évolué dans un monde ou l’idéologie néo-libérale et la croissance économique ont été érigées comme des vérités absolues, mais moi je n’y crois plus. Notre monde est fini, et les réserves d’énergies fossiles bon marché aussi. Il n’y aura pas de croissance éternelle.

Bien au contraire, avec les changements climatiques et l’épuisement des ressources mondiales, nous assistons davantage à la destruction du monde qu’à sa croissance. Et ce sont nos besoins essentiels eux-mêmes qui pourraient être bientôt menacés. Les inéquités sociales seront grandissantes et c’est la paix sociale qui est menacée, et donc la qualité de vie et la survie des générations futures.

Alors, quelles sont nos options véritables pour répondre à nos besoins véritables?

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