Les pieds sur terre, le coeur en mer

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Illustration de Marianne Papillon, « Histoire de chanter les Îles » de Yvonne Langford aux éditions la Morue verte (p.94), 2014.

Une représentation spéciale du documentaire Des Îles de la Madeleine à l’Île Nepawa aura lieu le mercredi 16 novembre, à 20 h (10$/personne) au Cinéma Cyrco de Cap-aux-Meules… 100% des recettes iront à Centraide GÎM!

Lors de l’illustration du recueil Histoire de chanter les Îles, une touchante photographie provenant de la Bibliothèque et archives nationales du Québec avait alimenté mon travail. J’avais redessiné cette photo au chapitre L’exil, l’ennui et l’amour de son pays, un titre qui en dit long! Traçant un à un ces personnages, je m’étais interrogée sur leur compte. Qui étaient-ils, ces gens sur ce bateau? Où allaient-ils? Étaient-ils heureux de partir ou déchirés? Par la magie de la photo, de la numérisation puis du dessin, j’avais partagé avec eux cet instant fugace en différé, sans pour autant connaître leur histoire.

En 2016, cette illustration était reprise en page couverture de la réédition de Découverte et peuplement des Îles-de-la-Madeleine aux éditions La morue verte. J’avais bon espoir d’en savoir enfin un peu plus sur ces gens au lancement estival.

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Illustration de Marianne Papillon, extraite du documentaire « Des Îles de la Madeleine à l’Île Nepawa » de Sylvio Bénard et Céline Lafrance, 2016.

Mais au printemps 2016, comme si le destin s’amusait, Céline Lafrance et Sylvio Bénard m’ont approchée pour intégrer des illustrations à leur documentaire relatant le périple de plus de deux cents Madelinots qui, au début des années 1940, ont quitté l’archipel pour aller coloniser un coin de l’Abitibi dans l’espoir d’une vie meilleure. Ils s’agissait de ceux-là-mêmes qui figuraient sur cette fameuse image! J’ai ainsi réalisé avec grand plaisir des cartes géographiques selon leurs indications, illustrant les déplacements de ces exilés, façon google map – version 1941. Ah, voilà! Je la connaissais maintenant leur histoire.

Mais pas du tout! C’est véritablement en visualisant le documentaire de Céline et Sylvio que j’ai saisi la portée de cette aventure humaine. Si j’avais auparavant eu la frêle impression de redonner vie à ces gens en réinterprétant leurs visages et costumes en un plan, le documentaire Des Îles de la Madeleine à l’Île Nepawa nous les montre quant à lui bien vivants, comme si on était assis dans leur salon à écouter ces survivants nous raconter l’improbable.

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Photo prise au départ des Îles, lors du voyage de 1942. (Bibliothèque et Archives nationales du Québec)

Je ne verrai plus jamais cette photo de la même façon. Elle nous est présentée au début et à la fin du film, mais entre les deux, un monde s’est déployé sous nos yeux: celui de la colonisation de Nepawa par le témoignage de descendants exilés. En revoyant cette image, on y reconnaît finalement tout un chacun: celui qui travaillait au ministère de la Colonisation, ceux qui se sont ennuyés – tantôt de leur grand-mère, tantôt de leur cousine – un autre qui se noiera et enfin, tous ceux travailleront avec acharnement pour bâtir aux siens un toit avant l’hiver, les pieds en Abitibi et le coeur aux Îles de la Madeleine.

 

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Afin de réaliser le documentaire Des Îles de la Madeleine à l’Île Nepawa, une campagne de sociofinancement a été organisée en 2014.  Le Conseil des Arts et des Lettres du Québec (CALQ) a aussi financé le projet. Consultez ici la page Facebook du film.

 

Lumière sur le morse!

Dans le cadre de l’exposition «Ivoire dans le noir», le Musée de la Mer vous offre un programme d’activités gratuites et variées, ce dimanche 17 mai à 14h:

Une activité bricolage pour réanimer le morse!

Un bricolage amusant pour réanimer le morse!

•Un atelier de découverte du morse pour les 5 à 10 ans, avec Émilie Harvut. Au programme: Bricolage animé et code secret!

•La projection du film familial «Conte au coeur de l’Arctique». Un magnifique documentaire animalier de National Geographic (Mario Cyr).

•Une conférence de Marianne Papillon sur les dessous de l’exposition «Ivoire dans le noir». Découvrez les secrets de fabrication, les accidents de parcours et les inspirations de l’artiste!

Le morse a disparu du Saint-Laurent bien avant que ne soit inventée la photographie. Les images de la chasse aux morses devaient donc être dessinées sur place ou encore être dessinées d’après le récit des marins. Les dessins venaient aussi parfois… d’un autre dessin! Avant les ères photographique et numérique, les artistes avaient déjà recours à des outils optiques pour reproduire des scènes. Ils utilisaient des chambres obscures, des lentilles et des miroirs.

Parmi ces illustrations, laquelle semble être «l’originale»? Quelles mutations ont été introduites au fil des copies? Erreur involontaire ou intention manifeste? L’acte de copier est-il un savoir-faire ou une usurpation? Un geste stérile ou créateur?

« Reproduction du morse » Encre sur papier archive encadré. Dessins inspirés d'archives sur la chasse au morse, Collection du Musée de la Mer. 6 pièces de 18 x 24 po Marianne Papillon, 2015 Crédit photo: Jocelyn Boisvert

« Reproduction du morse »
Encre sur papier archive encadré. Dessins inspirés d’archives sur la chasse au morse, Collection du Musée de la Mer. 6 pièces de 18 x 24 po. Marianne Papillon, 2015. Crédit photo: Jocelyn Boisvert

Visionnez les différentes version de cette scène de chasse au morse ici.

Le Musée de la Mer affiche l’exposition «Ivoire dans le noir» signée par l’artiste Marianne Papillon, jusqu’au 14 juin 2015. Un corpus d’oeuvres ludiques sur le thème du morse y valorise deux éléments du patrimoine maritime: la vache marine et le code morse. Découverte garantie!

Igloo décodeur de morse, par Marianne Papillon. Le morse... un arbre décisionnel binaire!

Igloo décodeur de morse, par Marianne Papillon.
Le morse… un arbre décisionnel binaire!

L’artiste remercie ses partenaires et reconnaît la contribution financière du Programme pour les arts et les lettres de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine du Conseil des arts et des lettres du Québec et de la Conférence régionale des élus Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, du Fonds de développement culturel des Îles-de-la-Madeleine et des Caisses populaires Desjardins ainsi que de la Commission scolaire des Îles via le programme Culture à l’école.

Morses lumineux

EXPOSITION │Du 28 février au 10 avril 2015 | AdMare, aéroport des Îles-de-la-Madeleine

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Le morse est un mammifère marin qui allaite son petit jusqu’à l’âge de 2 ans. Chassé pour son huile au 16e siècle, il a complètement disparu du Saint-Laurent dès 1800. On le retrouve aujourd’hui seulement dans les contrées arctiques. Quel animal inspirant!

Avec l’oeuvre de dessin installatif « Morses lumineux », un pont entre le passé des Îles-de-la-Madeleine et le présent du Nunavik est proposé. Un sombre igloo en papier aux multiples facettes, lesquelles sont illustrées de morses luminescents, intègre des messages codés, sous forme de traits et de points. Les visiteurs sont ainsi invités à s’approprier le morse, le code comme l’animal. Une performance en morse lumineux, système de communication à distance par signaux de lumière, sera livrée lors du vernissage, envoyant dans l’univers quelques messages aux morses lointains.

«Morses lumineux» à Colis Supect, centre d'artistes Admare. Crédit photo: Yoanis Menge.

«Morses lumineux» à Colis Supect, centre d’artistes Admare. Crédit photo: Yoanis Menge.

Cette œuvre a bénéficiée du support de la bourse Clef 2013 (Caisses populaire Desjardins et Fonds de développement culturel des Îles-de-la-Madeleine) et s’intégre au Rendez-vous loup-marin. Elle s’inspire en partie des images de Mario Cyr est diffusée en complémentarité avec l’exposition à venir « Ivoire dans le noir » au Musée de la Mer des Îles-de-la-Madeleine, du 8 mars au 31 mai 2015. 

Texte de la performance en morse lumineux, Marianne Papillon 8 février 2015.

Texte de la performance en morse lumineux, Marianne Papillon 8 février 2015. Crédit photo: Yoanis Menge.

La théorie du Rocher-aux-Oiseaux

Il existe un rocher au pouvoir mythique, capable de stopper les projets pétroliers de Terre-Neuve-Labrador dans le golfe du Saint-Laurent, capable de déplacer les frontières. Le Rocher-aux-Oiseaux, un refuge d’oiseaux migrateurs en plein coeur du golfe symbolisant la force et la rudesse de la nature, est un endroit où l’homme ne s’aventure plus. La lumière de son phare à pile solaire brille aujourd’hui vers Old Harry, puisse-t-elle nous éclairer dans cette course folle à l’or noir en un milieu si fragile.

Extrait d’une illustration de Marianne Papillon                                                                                                                       dans « Ici le Rocher-aux-Oiseaux » de Georges Langford aux éditions la Morue verte.

La frontière dans le golfe, entre le Québec et Terre-Neuve-Labrador (TNL), est particulièrement litigieuse. Voici en quoi consiste la théorie du Rocher-aux-Oiseaux : le site Old Harry, en tenant compte de l’équidistance entre les provinces, à partir du Rocher-aux-Oiseaux, serait presque entièrement québécois. L’Office Canada-Terre-Neuve-Labrador des hydrocarbures extra-côtiers agirait-il donc en territoire québécois en ayant accordé un permis à Corridor Resources sur le site de Old Harry et en procédant à l’évaluation de leur projet de forage? Cette théorie s’appuie sur des faits reconnus par Ottawa, tel que le tracé séparant la Nouvelle-Écosse de TNL. Ce tracé a été établi en arbitrage sur la base de la ligne d’équidistance entre les côtes. Or, en tenant compte d’un îlot de la Nouvelle-Écosse, l’Île Saint-Paul, le tribunal a fait reculer la frontière vers TNL (voir les pages 26 et 109 du pdf sur cette sentence du tribunal).

Le Rocher-aux-Oiseaux est un îlot rocheux du Québec, aux Îles-de-la-Madeleine, entre le Québec et TNL, qui a le potentiel de faire reculer la frontière dans le golfe du Saint-Laurent vers TNL. La ligne de partage des eaux n’ayant jamais été tracée, le Québec doit aller en arbitrage pour faire appliquer la loi de l’Accord de l’Atlantique qui définit le principe de partage selon l’accord international de partage des eaux, soit par une ligne équidistante, laquelle devant tenir compte des archipels et îlots.

Une carte annotée disponible ici résume les faits, mais vous pouvez tracer vous-même votre frontière sur votre propre carte, si vous êtes curieux : « Corridor prévoit forer un puits dans la zone du PP 1105 située dans la partie ouest visée par le permis, tel qu’illustré à la Figure 3.1. La zone visée par le projet couvre environ 304 km2 et elle est limitée par : 48°10’59.740″N, 60°23’56.094″O (coin nord-ouest) ; 48°10’0.084″N, 60°8’57.480″O (coin nord-est); 48°04’45.681″N, 60°8’57.515″O (coin sud-est) ; et 47°58’22.285″N, 60°23’55.732″O (coin sud-ouest). Les coordonnées du puits proposé sont situées à l’intérieur de 48°03’05.294 de latitude nord” et de 60°23’39.385 de longitude ouest” (coordonnées géographiques, référence NAD83). » (source: pages 10-11 de la description de projet de Corridor Resources à Old Harry TN )

D’après vous, pourquoi les membres du gouvernement québécois ne sont pas intervenus jusqu’à maintenant ? Ne serait-il pas grand temps d’aller en arbitrage et de stopper TNL ? Pour certains, ce sera un moyen d’être plus souverain. Pour moi, ce sera surtout un moyen de ralentir cette course insensée à l’or noir.

Relevaille et Carnation

Hareng salé et sirop de grand thé, une réalisation d’Attention Fragîles, par Stéphanie Arseneau Bussières aux éditions la Morue verte

Le livre Hareng salé et sirop de grand thé relate les témoignages de 102 femmes et hommes des Îles-de-la-Madeleine, âgés de 57 à 97 ans. Cet ouvrage offre des parcelles de notre histoire et se situe entre le récit ethnographique et le répertoire de plantes et produits médicinaux. On y raconte la réalité d’antan, au tout début de l’ère du pétrole et de la médicalisaton.

Les extraits portant sur la périnatalité m’ont particulièrement touchée. D’abord choquée, je comprends mieux, maintenant, contre quoi les groupes de soutien en allaitement doivent lutter: contre près de 100 ans de brèche culturelle. Certains mythes et préjugés semblent avoir la couenne dure ! En voici donc un extrait, sous toute réserve…

Neufs jours.

Neuf jours au lit sans avoir la permission de se lever ! Une fois l’enfant né, des bonnes venaient en prendre soin ainsi que s’occuper des tâches ménagères et des enfants plus vieux. On permettait à la mère de se remettre sur pied. C’était les relevailles. On croyait que les organes internes de la femme ne reprenaient leur place qu’à la neuvième journée. Le temps prescrit pouvait sembler long pour les unes, mais était une bénédiction pour les autres : « C’était ben le seul temps où elles pouvaient rester couchées ! « 

 » À l’hôpital, on restait couchées neuf jours au premier. Je m’en souviens, neuf jours avant que les femmes puissent se mettre les pieds en bas. « 

 » Neuf jours, c’était juste pour les premiers. Mais au deuxième, j’me suis levée un p’tit peu… Et les autres, on restait pas couchées, la mode avait changée. « 

 » Un moment c’est venu qu’y’ont dit que les femmes d’Angleterre restaient juste cinq jours, et qu’on pouvait faire pareil… « 

Une autre pratique répandue chez les femmes consistait à se purger avant de reprendre les activités normales :  » Puis la neuvième journée, ils nous faisaient prendre de l’huile de castor. Pas besoin d’te dire que quand on sortait, on était pas fortes. Couchées toute une semaine !  » Selon certaines, cet usage servait à « assécher le lait », puisque le biberon était de mise pour les femmes de l’époque. Les feuilles de chou prévenaient aussi les montées de lait : on entourait les seins de feuilles, celles à l’extérieur du chou, et la production de lait tendait à décroître. Lorsque les montées étaient trop douloureuses, une femme nous raconte qu’elle se frictionnait les seins d’huile camphrée chaude (en évitant les mamelons), avant de s’entourer la poitrine de bandes de flanelle. Le tissu épongeait le lait et l’huile camphrée apaisait la douleur.

L’allaitement était en effet rarissime.  » Moi j’le nourissais et il fallait que j’aille dans une chambre parce qu’on n’avait pas l’droit d’être devant les autres, c’était péché.  » Il était fréquent qu’on dise aux femmes (et qu’elles se disent entre elles) que leur lait n’était pas assez riche ou qu’elles n’en avaient pas assez. L’une d’elle se disait trop petite, mais elle réalise aujourd’hui combien le manque de soutien et la pression sociale les forçaient presque à se tourner vers d’autres laits. Le lait de vache bouilli puis le lait Carnation ont été donnés aux nourrissons, raconte une dame de Grosse-Île, avant que les préparations commerciales pour nourrissons ne fassent leur apparition. L’allaitement? Seules les « marginales » le choisissaient.

« Did you breastfeed?

– No.

– And your mother?

– Yes.

– So the bottle came mostly to your generation. Why was the bottle used?

– I don’t know. The babies were born home and there were no doctor advice. We used cow milk. I would bring it to a boil on the stove to sterilize it.

– Cow milk?

– Yes. In later years, they started to use Carnation milk. Then the nurses started to give formula.

– No one would breastfeed?

– Maybe the odds… but I don’t know. « 

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