TRAJECTOIRES PÉTROLIÈRES : arts et sciences se rencontrent

L’artiste des Îles-de-la-Madeleine Marianne Papillon et l’océanographe de l’UQAR/ISMER Daniel Bourgault présenteront Trajectoires pétrolières dans le cadre des résidences d’artistes Projet Rioux. Cette collaboration inédite aura lieu la semaine prochaine au Parc du Bic dans le cadre de la programmation 2015 de Arte Tracto, laquelle s’articule principalement autour du Saint-Laurent sous la thématique Imaginer le territoire.

Le duo Bourgault et Papillon proposera une interprétation en art numérique et fils tendus de résultats scientifiques relatifs au trafic de navires-citernes et à la dispersion de polluants dans les eaux du Saint-Laurent. Ces installations multidisciplinaires traitant de l’univers pétrolier maritime auront cette particularité de se situer à mi-chemin entre la subjectivité de l’artiste et l’objectivité du scientifique.

© Papillon-Bougault 2015 (suite…)

Combien de pétrole SUR le Golfe?

Au lieu de spéculer sur le nombre de barils de pétrole gisant sous le Saint-Laurent, si on s’amusait plutôt à compter ceux qui passent dessus? En effet, le Saint-Laurent est une voie maritime fort exploitée pour le transport de produits pétroliers, qu’il s’agisse d’abreuver notre consommation quotidienne ou d’alimenter nos raffineries, ou encore d’exporter nos produits raffinés. Cinq provinces bordant le golfe, combien de barils empruntent les eaux du Saint-Laurent?

Commençons d’abord par quelques données de base: combien de barils un pétrolier moyen peut-il contenir? À lui seul, 1 million de barils, ou 150 000 tonnes. Deuxièmement, combien la garde côtière peut-elle récupérer de pétrole en cas de déversement? 15 000 tonnes, soit 10% d’un seul pétrolier.

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Ceci étant dit, Transport Canada affirme qu’il y aurait 3000 mouvements de navires-citernes/an dans l’Est du Canada (Golfe + Atlantique). Combien parmi ceux-ci ceux-ci passent par le golfe du Saint-Laurent? Considérant que 23 000 000 t/an arrivent ou sortent du Québec et que 95 000 000 t/an sont transportés vers ou à partir des ports des Maritimes, on pourrait en déduire qu’environ 20% des mouvements de navires-citernes seraient attribuables au Qc, auxquels il faudrait ajouter les mouvements concernant l’ÎPÉ, le nord du NB et la côte ouest de NÉ et TNL. On en arriverait donc à une estimation d’environ 750 mouvements de navires-citernes par an sur le golfe du Saint-Laurent. Oui mais combien de barils?

Eh bien concernant le Québec, 23 000 000t/an équivaut à 167 millions de barils. Estimons maintenant la portion « golfe du Saint-Laurent » du transport pétrolier des provinces maritimes. Transport Canada nous informe que plus de 75% des produits pétroliers transitant par les ports des Maritimes passent par les principaux ports donnant sur l’Atlantique (Come by Chance TNL, Hawkesbury NÉ, Saint-John NB) sans compter les autres ports moins importants donnant aussi sur l’Atlantique (ex: St-John’s TNL, Halifax et Sydney NÉ). Ainsi, on pourrait estimer qu’au moins 85% des produits pétroliers des Maritimes graviteraient par l’Atlantique sans passer par le Saint-Laurent. Estimons ensuite ce qui en resterait : moins de 15%, soit près de 14 250 000 t/an de produits pétroliers des Maritimes transiteraient par le golfe du Saint-Laurent, notamment par les ports de Stephenville et Corner Brook à TNL, par les ports de Belle Dune et Dalhousie au Nouveau-Brunswick, ainsi que par l’Île-du-Prince-Édouard (qui importerait 5 375 000 t/an).

On en arriverait donc à 167 pétroliers pour le Québec et à 95 pour les Maritimes, soit l’équivalent du contenu de 262* pétroliers cheminant annuellement sur le golfe.

Ça fait 262 millions de barils à chaque année, plus de 5 milliards de barils sur 20 ans. (Deux fois plus au-dessus qu’en dessous, donc, pour les optimistes!)

Selon vous, est-il plus urgent d’aller voir s’il y a quelconques barils de pétrole sous le Saint-Laurent ou de commencer à réduire les millions de barils voguant annuellement dessus?

Dans notre prochain billet (Des tuyaux et des bateaux), nous nous amuserons à spéculer sur la quantité de barils qui graviterait sur le Saint-Laurent si les projets de pipeline transcanadien ou de forage du golfe voyaient le jour. D’après vous, plus ou moins de barils à venir, sur le golfe, avec ces projets?

 

AVIS AUX LECTEURS:  Toutes questions, corrections ou informations complémentaires sont les bienvenues!

* : Ces données ont été extrapolées au meilleur de ma compréhension avant la sortie des rapports sur le transport maritime de Transport Canada et de Genivar, me basant sur des données qui étaient alors accessibles sur le web. Ce rapport estime cependant que le tonnage circulant déjà dans l’Estuaire et le Golfe serait de 67 MT/an. J’aurais donc ici sous-évalué de moitié le transport actuel, qui serait de 489 pétroliers et non de 262. Ça ferait donc pas loin de 10 milliards de barils sur 20 ans, quatre fois plus au-dessus qu’en dessous!

Manifestement manipulés

Attention! La liste de sophismes est longue dans le récent manifeste pro-pétrole. À moins qu’il ne n’agisse de pure méconnaissance de la part de ses signataires? Qu’à cela ne tienne, nos hyper-puissants groupes de réinformateurs bénévoles travaillent nuit et jour à élaborer une réplique.

En attendant le retour du pendule, voici quelques rectifications :

1-Élémentaire me direz-vous: un avenir meilleur ne se limite pas qu’à des considérations financières. Les composantes environnementales et sociales sont aussi à prendre en compte, comme le leur rappelle ici le Conseil régional en environnement de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine.

2-Les revenus potentiels énoncés sur la place publique sont spéculatifs et démesurés. On a même entendu que 300 milliards $ annuellement garniraient ainsi nos trésors publics alors qu’un rapide calcul optimiste nous ramène plutôt à 500 millions. Et de ceux-ci, s’ils existent, il nous faudrait soustraire les dépenses publiques liées à l’exercice… L’analyse financière de M. Durand, géologue, mentionne à cet effet que, sur Anticosti par exemple, les dépenses nécessaires seraient beaucoup plus grandes que les revenus, rendant l’exploitation déficitaire, sans même parler d’accident dévastateur.

3-Terre-Neuve-Labrador est prudent dans le dossier de l’exploration dans le golfe, aucun forage n’y est en cours, quoiqu’en dise le porte-parole du manifeste. Un moratoire complet sur la fracturation y est d’ailleurs en place, sur terre comme en mer. Et si Terre-Neuve inquiétait le moindrement Québec, une demande d’arbitrage frontalier impliquant la notion d’équidistance pourrait être amorcée, ce serait beaucoup plus avantageux que de se précipiter tête baissée dans une course à l’or noir.

4-Il n’existe légalement aucune « séparation » entre l’exploration et l’exploitation. En vérité, au Québec, si une compagnie trouve un gisement de pétrole rentable au stade de l’exploration, elle est obligée d’évoluer vers l’exploitation, sinon elle perd son permis. Ouvrir la porte à l’exploration, c’est accepter l’exploitation. Le débat « équilibré » doit avoir lieu AVANT l’exploration, laquelle est d’ailleurs pas mal plus risquée que l’exploitation.

5-On parle d’un débat déséquilibré où les groupes d’opposants auraient trop de pouvoir, mais on ne mentionne pas l’existence des lobbyistes des pétrolières qui rencontrent les dirigeants derrière des portes closes. Serait-ce cet inoffensif biologiste qui ferait trembler les oligarques du Québec ou cette  bénévole informée déconstruisant un à un les propos d’un ancien premier ministre en un mémorable face-à-face télévisé? N’oublions pas que les profits, avant d’aller aux Québécois, iront aux actionnaires, lesquels ont grand avantage à manipuler l’opinion publique.

Québec-PET-10d6-Il n’y a aucune mention des projets d’oléoducs, dans ce manifeste. Selon les dires des pétrolières, le pétrole de l’Ouest arrivant au Québec par pipeline va dépasser les capacités de nos raffineries et pratiquement doubler le transport maritime de matières dangereuses sur le Saint-Laurent. Comment alors justifier toute exploration risquée en sol ou en eaux québécoises? Et si ces risques, plutôt que de s’additionner, se multipliaient?

7- Ne nous leurrons pas, les premiers forages dans le golfe québécois se seront pas réalisés d’ici 10 ans et l’exploitation, s’il en est une, prendra encore une autre décennie. Et dire que pendant ce temps-là, on pourrait s’investir à réduire notre consommation et sauver des « milliards » en balance commerciale.. et combien de tonnes de CO2.

Pourquoi ne nous consacrerions-nous pas plutôt à préparer l’inévitable après-pétrole?

Chroniques pétrolières en BD

Quoi de mieux qu’une bande dessinée pour aborder en rigolant la fièvre de l’or noir québécois?

01-eol.jpgDevant la saga du règlement de Gaspé ayant stoppé un forage de Pétrolia, devant la montée vertigineuse des promesses de milliards de milliards d’Anticosti, dans la foulée de la ministre des ressources naturelles qui fait la promotion du potentiel pétrolier québécois aux émissions de variété,  voici maintenant les « Chroniques pétrolières » .

Mais attention, il s’agit tout simplement d’une version brouillon d’une bande dessinée que j’ai débutée en 2010, devant l’horreur de Deep Water Horizon, et qui était restée sur mes tablettes depuis. Qu’à cela ne tienne! Pas le temps de la mettre au propre, sentiment d’urgence à la diffuser malgré les insatisfactions de l’auteure! Course à l’or noir oblige.

Visionnez donc la première chronique intitulée « Exportateurs de pétrole » en cliquant ici. Au programme : consommation de pétrole au Québec, production pétrolière du Canada et dépendance aux hydrocarbures. Le tout sur un ton amusant et critique. Retournez-y à chaque semaine, il y en a une à tous les mardis!

Bonne lecture et … partagez !   ;-)

La théorie du Rocher-aux-Oiseaux

Il existe un rocher au pouvoir mythique, capable de stopper les projets pétroliers de Terre-Neuve-Labrador dans le golfe du Saint-Laurent, capable de déplacer les frontières. Le Rocher-aux-Oiseaux, un refuge d’oiseaux migrateurs en plein coeur du golfe symbolisant la force et la rudesse de la nature, est un endroit où l’homme ne s’aventure plus. La lumière de son phare à pile solaire brille aujourd’hui vers Old Harry, puisse-t-elle nous éclairer dans cette course folle à l’or noir en un milieu si fragile.

Extrait d’une illustration de Marianne Papillon                                                                                                                       dans « Ici le Rocher-aux-Oiseaux » de Georges Langford aux éditions la Morue verte.

La frontière dans le golfe, entre le Québec et Terre-Neuve-Labrador (TNL), est particulièrement litigieuse. Voici en quoi consiste la théorie du Rocher-aux-Oiseaux : le site Old Harry, en tenant compte de l’équidistance entre les provinces, à partir du Rocher-aux-Oiseaux, serait presque entièrement québécois. L’Office Canada-Terre-Neuve-Labrador des hydrocarbures extra-côtiers agirait-il donc en territoire québécois en ayant accordé un permis à Corridor Resources sur le site de Old Harry et en procédant à l’évaluation de leur projet de forage? Cette théorie s’appuie sur des faits reconnus par Ottawa, tel que le tracé séparant la Nouvelle-Écosse de TNL. Ce tracé a été établi en arbitrage sur la base de la ligne d’équidistance entre les côtes. Or, en tenant compte d’un îlot de la Nouvelle-Écosse, l’Île Saint-Paul, le tribunal a fait reculer la frontière vers TNL (voir les pages 26 et 109 du pdf sur cette sentence du tribunal).

Le Rocher-aux-Oiseaux est un îlot rocheux du Québec, aux Îles-de-la-Madeleine, entre le Québec et TNL, qui a le potentiel de faire reculer la frontière dans le golfe du Saint-Laurent vers TNL. La ligne de partage des eaux n’ayant jamais été tracée, le Québec doit aller en arbitrage pour faire appliquer la loi de l’Accord de l’Atlantique qui définit le principe de partage selon l’accord international de partage des eaux, soit par une ligne équidistante, laquelle devant tenir compte des archipels et îlots.

Une carte annotée disponible ici résume les faits, mais vous pouvez tracer vous-même votre frontière sur votre propre carte, si vous êtes curieux : « Corridor prévoit forer un puits dans la zone du PP 1105 située dans la partie ouest visée par le permis, tel qu’illustré à la Figure 3.1. La zone visée par le projet couvre environ 304 km2 et elle est limitée par : 48°10’59.740″N, 60°23’56.094″O (coin nord-ouest) ; 48°10’0.084″N, 60°8’57.480″O (coin nord-est); 48°04’45.681″N, 60°8’57.515″O (coin sud-est) ; et 47°58’22.285″N, 60°23’55.732″O (coin sud-ouest). Les coordonnées du puits proposé sont situées à l’intérieur de 48°03’05.294 de latitude nord” et de 60°23’39.385 de longitude ouest” (coordonnées géographiques, référence NAD83). » (source: pages 10-11 de la description de projet de Corridor Resources à Old Harry TN )

D’après vous, pourquoi les membres du gouvernement québécois ne sont pas intervenus jusqu’à maintenant ? Ne serait-il pas grand temps d’aller en arbitrage et de stopper TNL ? Pour certains, ce sera un moyen d’être plus souverain. Pour moi, ce sera surtout un moyen de ralentir cette course insensée à l’or noir.

PEUT MIEUX FAIRE

Le Centre d’artistes Vaste et Vague présente l’exposition de groupe « PEUT MIEUX FAIRE – Cahiers d’exercices » préparé par le commissaire Emmanuel Galland en résidence à Carleton-sur-Mer. L’exposition a pour inspiration le fameux Cahier Canada Hilroy. Ne serait-il pas le plus grand dénominateur commun de plusieurs générations de Canadiens coast-to-coast? Un cauchemar de l’enfance ou une madeleine? Pour accéder au communiqué de l’événement cliquez ici.

Détail de la mosaïque « Sciences naturelles » de Marianne Papillon à l’exposition collective « PEUT MIEUX FAIRE – Cahiers d’exercices », septembre 2012.

 J’y présente « Sciences naturelles », une mosaïque d’estampes numériques qui illustre un Canada bitumineux évoluant en 6 pas vers un Québec en proie au pétrole (des projets étant à l’étude ou en cours en Gaspésie, Anticosti, Îles-de-la-Madeleine et Old Harry).

Dans le même ordre d »idée que  Mer nourricière, j’ai revisité la carte du Canada, j’ai humanisé les contours du Canada, lui donnant l’allure d’un bébé forcé à boire au biberon. Inversant le noir et le blanc, ce n’est plus du lait immaculé qu’on lui offre, mais bien un fluide noir.

Mon plus lointain souvenir en sciences naturelles est la distinction entre les ressources renouvelables et non renouvelables. J’avais huit ans et je devais illustrer ces deux types de ressources : je dessinai une jolie fontaine de pétrole débordante et un vieux moulin à vent croupissant. M’a-t-on déjà parlé d’allaitement à l’école? Je n’en garde aucun souvenir. Déjà parlé des sables bitumineux? Que oui, on nous racontait un trésor en latence, une technologie prometteuse, l’espoir de devenir ENFIN un puissance pétrolière nous aussi.
Et des femmes, anciennes écolières à qui l’on n’a pas enseigné l’allaitement, doivent aujourd’hui se débrouiller entre elles pour apprendre comment offrir leur lait à leur enfant. Comme si le génie humain avait déjà dépassé la nature et qu’on pourrait dorénavant faire sans elle. Que nenni!

Déboulonner Anticosti

Pour éviter d’avoir à lire cet article au complet, cliquez ici et arrivez directement au but recherché: vous qui signez la pétition AVAAZ pour protéger l’Île Anticosti des pétrolières !

Dans la foulée du « printemps érable », on entend toutes sortes de bonnes raisons de s’indigner. À travers le lot, on retrouve le fameux « vol du siècle » , soit le transfert du potentiel pétrolier d’Anticosti du public au privé avec de prétendues pertes de revenus de 3000 milliards de $. Mais qu’en est-il vraiment? Je vous ai préparé une petite rubrique pour déboulonner ce mythe qui alimente la spéculation et étrangle Anticosti.

Non, ce n’est pas une chute de lait, mais bien l’eau vive d’Anticosti. Photo de Marie-Hélène Parant http://www.marieheleneparant.com

 

Les supposés 30 milliards de barils d’Anticosti, c’est du pétrole virtuel. Selon la firme Sproule inc. embauchée par Pétrolia et Corridor Resources pour évaluer le potentiel d’Anticosti, les données de base sont très fragmentaires et non statistiquement significatives. Il s’agit de pétrole « sur papier », « théoriquement possible », mais absolument rien ne prouve qu’il y en a vraiment. Et rien ne prouve que, si jamais il y en a, il soit « techniquement exploitable » ni « économiquement exploitable ». Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Sproule !

Voyez vous-même comme leur rapport est à la fois lourd et subtil. Pour bien mettre en garde les investisseurs potentiels, Sproule prend le soin d’indiquer « qu’avant qu’un programme de recherche approprié ne soit mis en place pour évaluer les volumes potentiellement récupérables, il est prématuré de spéculer sur la présence, ou non, de quantités récupérables de pétrole » sur l’île. L’exploration de l’île d’Anticosti, écrit encore Sproule, n’en est qu’à ses débuts et des travaux de prospection sont nécessaires afin de déterminer s’il existe un potentiel de production pétrolière commercialement viable. « Il n’y a pas de certitude qu’une portion de ces ressources soit découverte. (…)  Il n’existe pas de certitude qu’il sera commercialement viable de produire une portion de ces ressources », indique même Pétrolia dans son dernier rapport de gestion. On est loin, très loin, de l’île au trésor, écrit Hugo Séguin de Équiterre.

Les journalistes ont repris hors contexte ce fameux « potentiel » et il est peu à peu devenu réel dans nos têtes, l’histoire du « vol du siècle » aidant. Évidemment les compagnies pétrolières n’ont pas fait grand chose pour montrer les immenses bémols du rapport Sproule, puisque suite à cette « nouvelle » du « potentiel pétrolier d’Anticosti », les actions ont joliment grimpées.

30 milliards de barils, vraiment? Voici les résultats des trois derniers puits forés:

  • Puits de Jupiter : « Malgré quelques indices de pétrole au niveau de la Formation de Mingan, aucun réservoir important n’a été trouvé, de telle sorte que le puits foré à l’été 2010 a été abandonné. »
  • Puits de Chaloupe : « Dans les faits, le puits n’a mis en évidence que des carbonates faiblement dolomitisés. L’absence de réservoir de quelque importance a été constatée. »
  • Puits de Saumon : « L’absence de pétrole dans ce réservoir constitue sans aucun doute une déception. (…) la présence d’eau salée dans le réservoir a amené les partenaires à abandonner la portion inférieure du puits et à suspendre l’exploration de sa partie supérieure »

Regardez bien le film suivant à partir de 4:30 en cliquant ici. Vous verrez un puits abandonné… avec des dommages qui eux sont bien réels.

Le 5 juillet 2012, Junex a annoncé le détail de ses opérations de déforestation, de levés sismiques et de forages exploratoires. On s’apprête à raser l’habitat d’espèces menacées sur l’équivalent de la distance entre Montréal et Trois-Rivières. Heureusement qu’un petit bout est protégé! Mais, voyez vous-même sur cette carte,   il y a d’autres lieux d’intérêt qui ne sont pas protégés qui pourraient bien devenir des chantiers.

L’Île d’Anticosti, est l’habitat des espèces menacées ou vulnérables suivantes;

  • PLANTES: Aster d’Anticosti, Calypso bulbeux var. americaine, Droséra à feuille linéaire, Fougère mâle, Sainfoin boreal s-esp. Mackenzie, Muhlenbergie de Richardson, Polystic faux-lonchitis et Rhynchosphore capillaire.
  • OISEAUX:  Arlequin plongeur, Pygargue à tête blanche, Aigle royal, Faucon pèlerin, Pluvier siffleur, Engoulevent d’Amérique,
  • MAMMIFÈRES TERRESTRE: chauve-souris cendrée, rat musqué.

Alors, déboulonné, le mythe des pétrodollars anticostiens? N’y voyez pas là une opération de redorage de blason de nos dirigeants, bien au contraire! Mais ne nous laissons tout de même pas berner  par la spéculation qui nous presse de forer le Québec.

Comme l’écrivait Karel Mayrand, de la Fondation David Suzuki et Président du Projet climatique Canada de Al Gore, « devons-nous nous lancer tête première dans l’exploitation pétrolière en milieu marin, ou du pétrole de schiste sur Anticosti, ou à Haldiman, avec tous les incertitudes qui persistent sur ces gisements, qu’on qualifie toujours de « prospects » puisqu’ils ne sont pas prouvés, avec les risques financiers et environnementaux que ces activités comportent? Ou ne devrions-nous pas tenter de réduire une fois pour toutes notre dépendance au pétrole en investissant dans les transports collectifs et les énergies vertes, des secteurs à forte valeur ajoutée dont on a la certitude qu’ils peuvent créer, dès maintenant, de la richesse pour le Québec? La réponse me semble tout à fait claire. »

Pour moi aussi. Et pour vous? Pour demander l’arrêt complet des travaux d’exploration pétrolière à Anticosti en cliquez ici. Junex est sur place au moment d’écrire cet article.

Les premiers

Ils étaient là bien avant nous. Ils occupaient la terre et la mer, comme en témoignent ces gravures anciennes du Rocher-aux-Oiseaux. Ils y chassaient et pêchaient, toujours avec une offrande en retour. Et les Européens sont arrivés, les faisant reculer jusque dans des réserves où ils sont devenus sédentaires et ont perdu leurs repères culturels.

Nous avons du sang sur les mains. Pas tant celui des animaux exterminés, ni des animaux abattus pour leur jolie fourrure ou pour leur chair, mais bien celui de nos frères autochtones. Ceux-là même qui vivaient en harmonie avec la nature que nous occupons largement aujourd’hui.

Les mesures gouvernementales peinent à réparer les dégâts, comme en témoignent les multiples problèmes sociaux chez les autochtones. Heureusement, la situation progresse peu à peu.

Les Madelinots ont ainsi eu l’immense honneur de recevoir la visite des Micmacs pour la saison 2012 de la chasse au phoque. Cette tradition madelinienne, ce sont d’abord les premiers habitants qui la leur ont enseignée. Les amérindiens venaient périodiquement aux Îles-de-la-Madeleine et connaissaient bien le territoire et sa faune. Ils s’y rendaient en canot d’écorce, par la force de leur bras et par leur connaissance de cette grande eau. Ils chassaient le phoque, jusqu’à ce qu’on leur en retire l’accès. Ils ont perdu leur savoir-faire et ce sont les Madelinots qui en sont aujourd’hui les détenteurs.

Heurtés par la médiatisation qui en ont fait des « barbares » sur la scène internationale, les chasseurs de phoques contemporains se réjouissent de retrouver leurs alliés d’antan. Une escouade mixte Micmacs-Innus-Madelinots a donc parcouru la banquise cet hiver, au grand plaisir de tout un chacun, dans un esprit de partage et de solidarité, où la transmission des connaissances a complété son cycle, bateau à moteur aidant faut-il l’avouer.

Et devinez comment tout cela a commencé? Par une marche pour un moratoire dans le golfe tenue à Gesgapegiag, où autochtones et non-autochtones, du Québec et des Maritimes, ont été conviés et se sont liés. S’unir dans la lutte, c’est un des bons côtés des projets pétroliers extracôtiers dans le Saint-Laurent !

L’or noir et l’or blanc

une exposition de Marianne Papillon

Le monde pétrolier et celui de l’allaitement maternel seraient-ils plus rapprochés qu’il n’y paraît? Fluides précieux, sources d’énergie.  Extraction, production. Fuites, panne sèche. Marée noire et montée laiteuse…

Lorsque les ressources non renouvelables seront à sec, saurons-nous encore nourrir nos enfants? L’humain viendra-t-il à bout de ses réserves énergétiques ou, au contraire, assisterons-nous à la mise en valeur des ressources maternelles renouvelables?

Marianne Papillon illustre la convergence de l’allaitement et du pétrole dans Exploration mammaire et pétrolière, une expo bientôt près de chez vous… à moins que vous ne restiez trop loin? Dans un grand centre, par exemple? Détrompez-vous, chez vous aussi on baigne dans l’or noir et l’or blanc.

Îles-de-la-Madeleine : Galerie de La grande école

Vernissage le vendredi 10 février à 17 h

Causerie sur la démarche de l’artiste le mardi 21 février à 20 h

Exposition / installation jusqu’au 1er avril 2012 __ 638, route 199, Havre-aux-Maisons, 418-969-4681

Baie des Chaleurs : Brûlerie du quai de New Richmond

Vernissage le vendredi 27 avril à 17 h

Exposition jusqu’en juin 2012 __ 154, boul. Perron, New Richmond, 418-392-4974

Pour accueillir Exploration mammaire et pétrolière dans votre communauté, communiquez avec l’artiste à ariane3001@hotmail.com.

L’artiste remercie le Conseil des arts et des lettres du Québec et la Conférence régionale des élus de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine pour leur contribution financière ainsi que tous les participants et autres partenaires (Attention FragÎles, Coalition Saint-Laurent, Énergie Alternative, Vaste et Vague, Admare, Nourrissons-Lait, Supportons-Lait, Allaitement Sein-Pathique, La grande école, Brûlerie du Quai et la municipalité des Îles-de-la-Madeleine via la Politique culturelle). Le point de vue exposé est personnel à l’artiste et ne représente pas nécessairement celui des partenaires et participants.

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