Relevaille et Carnation

Hareng salé et sirop de grand thé, une réalisation d’Attention Fragîles, par Stéphanie Arseneau Bussières aux éditions la Morue verte

Le livre Hareng salé et sirop de grand thé relate les témoignages de 102 femmes et hommes des Îles-de-la-Madeleine, âgés de 57 à 97 ans. Cet ouvrage offre des parcelles de notre histoire et se situe entre le récit ethnographique et le répertoire de plantes et produits médicinaux. On y raconte la réalité d’antan, au tout début de l’ère du pétrole et de la médicalisaton.

Les extraits portant sur la périnatalité m’ont particulièrement touchée. D’abord choquée, je comprends mieux, maintenant, contre quoi les groupes de soutien en allaitement doivent lutter: contre près de 100 ans de brèche culturelle. Certains mythes et préjugés semblent avoir la couenne dure ! En voici donc un extrait, sous toute réserve…

Neufs jours.

Neuf jours au lit sans avoir la permission de se lever ! Une fois l’enfant né, des bonnes venaient en prendre soin ainsi que s’occuper des tâches ménagères et des enfants plus vieux. On permettait à la mère de se remettre sur pied. C’était les relevailles. On croyait que les organes internes de la femme ne reprenaient leur place qu’à la neuvième journée. Le temps prescrit pouvait sembler long pour les unes, mais était une bénédiction pour les autres : « C’était ben le seul temps où elles pouvaient rester couchées ! « 

 » À l’hôpital, on restait couchées neuf jours au premier. Je m’en souviens, neuf jours avant que les femmes puissent se mettre les pieds en bas. « 

 » Neuf jours, c’était juste pour les premiers. Mais au deuxième, j’me suis levée un p’tit peu… Et les autres, on restait pas couchées, la mode avait changée. « 

 » Un moment c’est venu qu’y’ont dit que les femmes d’Angleterre restaient juste cinq jours, et qu’on pouvait faire pareil… « 

Une autre pratique répandue chez les femmes consistait à se purger avant de reprendre les activités normales :  » Puis la neuvième journée, ils nous faisaient prendre de l’huile de castor. Pas besoin d’te dire que quand on sortait, on était pas fortes. Couchées toute une semaine !  » Selon certaines, cet usage servait à « assécher le lait », puisque le biberon était de mise pour les femmes de l’époque. Les feuilles de chou prévenaient aussi les montées de lait : on entourait les seins de feuilles, celles à l’extérieur du chou, et la production de lait tendait à décroître. Lorsque les montées étaient trop douloureuses, une femme nous raconte qu’elle se frictionnait les seins d’huile camphrée chaude (en évitant les mamelons), avant de s’entourer la poitrine de bandes de flanelle. Le tissu épongeait le lait et l’huile camphrée apaisait la douleur.

L’allaitement était en effet rarissime.  » Moi j’le nourissais et il fallait que j’aille dans une chambre parce qu’on n’avait pas l’droit d’être devant les autres, c’était péché.  » Il était fréquent qu’on dise aux femmes (et qu’elles se disent entre elles) que leur lait n’était pas assez riche ou qu’elles n’en avaient pas assez. L’une d’elle se disait trop petite, mais elle réalise aujourd’hui combien le manque de soutien et la pression sociale les forçaient presque à se tourner vers d’autres laits. Le lait de vache bouilli puis le lait Carnation ont été donnés aux nourrissons, raconte une dame de Grosse-Île, avant que les préparations commerciales pour nourrissons ne fassent leur apparition. L’allaitement? Seules les « marginales » le choisissaient.

« Did you breastfeed?

– No.

– And your mother?

– Yes.

– So the bottle came mostly to your generation. Why was the bottle used?

– I don’t know. The babies were born home and there were no doctor advice. We used cow milk. I would bring it to a boil on the stove to sterilize it.

– Cow milk?

– Yes. In later years, they started to use Carnation milk. Then the nurses started to give formula.

– No one would breastfeed?

– Maybe the odds… but I don’t know. « 

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Madone et Séraphin

Madone entourée de Séraphin et de chérubins, de Jean Fouquet, adapté par Marianne Papillon

«Il y a toujours des messages subliminaux (sic) qu’on passe avec des peintures comme celles-là. Pour certaines personnes qui eux autres sont vulnérables, ça pourrait présenter un risque» de dire le ministre de la Santé et des services sociaux du Québec.

Ou une force, pour qui en saisira l’occasion. Ne pourrions-nous pas exploiter l’art du subliminal en santé publique, pour favoriser l’allaitement maternel, par exemple?

Besoin d’une suggestion de slogan pour promouvoir l’allaitement en public ? « Retirez ce carré rouge, que je ne saurais voir ».

Mais attention, le MSSS et le FQRSC ont justement eu le bon goût de commander une recherche sur l’évaluation de la mise en oeuvre des lignes directrices en allaitement maternel au Québec. Un des constats : «encourager l’allaitement sans garantir l’accès à un soutien adéquat en période postnatale est fortement susceptible de placer les mères en situation d’échec, avec un sentiment d’incompétence maternelle».

Et on y suggère d’ailleurs d’assurer un financement adéquat et durable pour soutenir les bonnes pratiques en allaitement dans les établissements de santé et pour soutenir les services de soutien offerts par les groupes d’entraide en allaitement.

Tiens, ça me rappelle un texte que j’ai lu, dans le journal Le Monde, sur le Plan Nord, à propos de la gestion des finances publiques au Québec : «Le gouvernement s’apprête à engager des dizaines de milliards pour un projet aux retombées hypothétiques, comme l’estiment la plupart des analystes indépendants. C’est dans ce contexte qu’il sabre dans les budgets de la santé et de l’éducation, qu’il augmente les frais de scolarité. « Votre juste part », a-t-il réclamé aux étudiants. Leur réponse : la rue, les casseroles, le tintamarre. Et peut-être plus

Pour voir l’oeuvre originale « Madone entourée de séraphins et de chérubins » de Jean Fouquet, sans Jean Charest, cliquez ici.

Singeons-nous mesdames

Allaiter est-il un comportement inné ou acquis? Bien que les nouvelles mères ont tout ce qu’il leur faut pour allaiter (des seins, un cerveau et un bébé ou +) il semble qu’elles bénéficient grandement de leurs pairs pour y arriver. En effet, chez les primates, l’allaitement serait un comportement acquis plutôt qu’inné.

Quand avez-vous vu pour la première fois une femme allaiter? Et pour la dernière fois? Ces expériences vous ont-elles marqué? Avez-vous appris quelque chose? Humain, nous apprenons par mimétisme, mais aussi par la parole. Une discussion avec une allaitante vous en dira d’ailleurs bien long.

La tranmission horizontale des connaissances est devenu incontournable en matière d’allaitement. Pas le choix : parmi nos mères, tantes et grands-mères, bien peu ont allaité. Où est passé le mimétisme? L’encodage? Le témoignage? Devant si peu de transmission intergénérationnelle, les mères n’ont d’autres choix que de s’entraider, question d’échapper aux classiques « tu dois manquer de lait », « tu vas te fatiguer » et « sors, je vais lui donner une bouteille ».

Fine pointe de la technologie maternelle (5) par Marianne Papillon, tiré de l’exposition Exploration mammaire et pétrolière

L’omniprésence du pétrole nous a éloigné de la connaissance de l’allaitement. C’est le pétrole qui rend accessible les pesticides, les engrais et la machinerie pour nourrir les vaches, l’extraction mécanique du lait à l’étable, le transport du lait à l’usine, sa transformation, son emballage, sa distribution, le transport du consommateur jusqu’au magasin, et même la fabrication du contenant dans lequel on donnera le lait commercial réchauffé au bébé après les avoir stérilisé.

Ainsi donc, l’industrie laitière est largement soutenue par l’industrie pétrolière. Et vice-versa. Il y a énormément d’argent à faire avec le non-allaitement… pour l’industrie. Pas étonnant que les femmes enceintes reçoivent des paquet-cadeaux de lait en poudre par la poste. Un cadeau empoisonné, oui. Car pour les familles, c’est l’allaitement qui sera payant. Moins cher, et plus de santé! Pour la population aussi l’allaitement est payant, puisqu’il réduit significativement le risque de développer une liste incalculable de maladies en plus de diminuer la production de déchets et notre empreinte écologique.

Nous gagnons tous à soutenir les femmes allaitantes. En effet, le soutien social de la femme en voie d’allaiter ou allaitante aurait un impact important sur la durée de son allaitement. Grand champion du soutien maternel : le père. Vient ensuite la grand-mère, les amies et le personnel de la santé.

Une autre personne peut faire la différence : la marraine d’allaitement. Si vous prévoyez allaiter ou allaitez déjà, vous pouvez vous faire accompagner par une marraine. Il s’agit de femmes bénévoles qui peuvent vous transmettre des connaissances fiables en matière d’allaitement et qui désirent vous soutenir dans vos décisions. Ce ne sont pas des professionnelles, il s’agit plutôt d’entraide mère à mère, sans jugement, qui se fait habituellement par téléphone. Parfois, le simple fait de briser l’isolement peut tout changer. Renseignez-vous auprès de la Ligue de La Leche pour connaître les ressources et organismes en allaitement de votre région. Si vous habitez les Îles de la Madeleine et désirez devenir marraine d’allaitement, inscrivez-vous à la formation des marraines offerte par le groupe d’entraide Allaitement Sein-Pathique le mercredi 29 février et le samedi 3er mars. Trop tard ou trop loin? Manifestez tout de même votre intérêt. Singeons-nous… d’un océan à l’autre!

Un vernissage pétrolatté

Sucre à la crème de Marie-Hélène et Choco10W30.

Qu’est-ce qui est le plus allèchant? Une cuillérée de lait maternel ou un petit coulis de pétrole? Ces liquides précieux comme l’or nous attirent ou nous repoussent? Nous clâmons leur vertus haut et fort, mais lors du vernissage de l’exposition Exploration mammaire et pétrolière, plus d’un auront reculé devant le prétendu « sucre à la crème de Marie-Hélène », les « chocolats au lait de Geneviève » et le « fromage d’Isabelle ». Et que dire de l’inconfort suscité par le jus de pomme étiquetté « essence sans plomb » et le thé glacé flanqué d’un « diesel »? Environ soixante personnes sont venues au vernissage le 10 février dernier, et malgré tout, peu d’entre eux auront résisté au délicieux breuvage Choco10W30.

Les visiteurs auront été intrigués par cette installation mariant le lait maternel au pétrole, incluant des dessins imprimés sur plastique assemblés en courtepointes pétrochimiques, une plateforme laitière, une vache pétrolière et une station Pétrolait. Elle questionne, à l’ère du pétrole, notre rapport à l’image, au corps et à l’énergie dans l’acte primitif d’alimenter de notre progéniture. Cet or noir et cet or blanc, nous les adorons et les rejetons tout à la fois. Notre rapport à ces liquides idéologiques est paradoxal, empli d’une fortune contaminante et de romantisme belliqueux.

Pour en savoir plus sur le processus et le contenu des oeuvres, assistez à la causerie sur la démarche de l’artiste, ce mardi 21 février à 20h à la Galerie de La grande école. L’exposition se poursuit aux Îles-de-la-Madeleine jusqu’au 1er avril, puis voyagera à New Richmond d’avril à juin 2012. Et… suivez le blogue!

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